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Ostéoporose : les femmes prennent les choses en mains

[31 octobre 2002 - 00h00]

«Jusqu’à ce que j’aie été convoquée pour un dépistage, je ne savais pas ce que c’était l’ostéoporose. On m’a fait une densitométrie osseuse, et on m’a dit vous êtes atteinte d’ostéoporose. Ça nous a un petit peu refroidis. Je n’ai jamais rien senti, je n’ai jamais eu mal nulle part. Il aurait suffit d’une fois que je tombe, que je fasse une mauvaise chute pour que je me casse quelque chose.» Grâce à un programme de prévention de l’ostéoporose à Lyon, elle a pu profiter d’une prise en charge médicale. Après 3 ans de traitement elle a retrouvé une densité osseuse normale pour son âge.

Entre deux séances de natation, elle attend avec confiance la prochaine mesure de sa densité minérale osseuse, dans 2 ans. Mais elle pense aux autres. «Quelques mois après ma découverte d’ostéoporose une de mes meilleures amies a fait un tassement de vertèbres et s’en sort difficilement. J’aurais pu être pareille, ça donne à réfléchir. Ce serait mieux de prévoir, mais l’ostéoporose c’est une chose qu’on ne sent pas. C’est comme le cancer. Quand ça fait mal c’est trop tard !»

Le retard français !

Janine ne fait que souligner l’importance capitale – comme pour le cancer – de la prévention et d’un diagnostic précoce. Or comme nous l’a expliqué le Pr. Yves Maugars du CHU de Nantes, «Seule la mesure de la densité minérale osseuse ou DMO, permet d’affirmer avec certitude la présence d’ostéoporose. Mais cet examen n’est toujours pas remboursé, même s’il devrait l’être prochainement.»

Au début 2003 en effet, l’ANAES devrait recommander le remboursement de cet examen chez les femmes qui présentent des facteurs de risque. C’est d’autant plus important qu’on assiste à une véritable épidémie de fractures. Si en 1990 on dénombrait 1,7 millions de fractures du col du fémur dans le monde, les spécialistes en attendent 4 millions en 2025 !

Au service de Rhumatologie du CHU Edouard Herriot de Lyon, le Pr. Pierre Meunier se souvient du début de ses études de médecine, dans les années 60. À cette époque, «l’ostéoporose n’était pas un problème de santé publique. Au rythme de 3 mois chaque année, l’espérance de vie a progressé de 10 ans. Or chaque fois qu’on gagne une année d’espérance de vie, on observe plusieurs milliers de fractures du col du fémur supplémentaires.»

Pourtant rien n’a changé. Les malades doivent avoir subi une première fracture pour bénéficier d’un traitement. Ce qui indigne le Pr. Meunier, pour qui «c’est comme si dans l’hypertension artérielle on ne remboursait les médicaments efficaces pour la réduire qu’après une attaque cérébrale ! C’est réellement ridicule.»

Si on a longtemps considéré l’ostéoporose comme une fatalité, une conséquence naturelle du vieillissement, on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. La structure de l’os ressemble à celle de la Tour Eiffel. Des travées maintiennent la rigidité d’un ensemble qui comporte beaucoup de vide. C’est ce type de structure qui donne au squelette à la fois sa rigidité, mais aussi la souplesse nécessaire pour subir de très fortes contraintes sans se rompre.

Ménopause : un accélateur de la perte osseuse !

En permanence l’organisme fabrique, et en même temps détruit, de la matière osseuse. C’est le remodelage osseux, un processus où le vieil os est remplacé par du nouveau. Pendant l’enfance et l’adolescence, l’organisme produit beaucoup plus d’os qu’il n’en détruit. Nous constituons alors un véritable capital osseux, qui va prospérer par une alimentation équilibrée riche en calcium, et une exposition suffisante au soleil accompagnée d’exercice physique. Autant dire que pour enrichir ce capital, mieux vaut taper dans un ballon et boire du lait que traîner devant la télé en sirotant un soda !

Surtout que passés 30 ans, chaque année voit diminuer notre capital. Jusqu’à 50 ans on n’en perd que 0,3% chaque année. Mais ensuite, le processus s’accélère. Particulièrement chez la femme ménopausée : entre 50 et 60 ans, la perte de substance osseuse peut atteindre 3% par an !

Chez la femme précise le Pr. Meunier, «la ménopause agit comme un coup d’accélérateur de la perte osseuse.» Le déficit d’hormones peut être compensé par un traitement hormonal substitutif, mais celui-ci comporte des risques. Une étude sur plusieurs milliers d’Américaines a du être interrompue l’été dernier à cause de l’augmentation des risques de certains cancers, mais aussi cardio-vasculaires. Et de toutes manières ce type de traitement ne peut se prendre au long cours. Or les fractures du col du fémur surviennent majoritairement après 80 ans, soit 35 ans après la ménopause !

En fait insiste le Pr. Maugars, «quand une personne de plus de 50 ans est victime d’une fracture elle doit absolument penser à l’ostéoporose.» Car notre squelette doit pouvoir supporter un certain nombre de traumatismes simples, comme une chute de sa hauteur. Si une telle chute provoque une facture, c’est probablement qu’il y a ostéoporose. «Le public doit vraiment en prendre conscience, car on estime actuellement que moins d’une personne sur 10 avec une fracture liée à l’ostéoporose soigne sa maladie !»

Des ordonnances parfois difficiles à respecter…

C’est d’autant plus révoltant qu’on dispose aujourd’hui de médicaments parfaitement efficaces et bien tolérés. «Les biphosphonates représentent actuellement le traitement de base de l’ostéoporose. Ils empêchent l’os de se résorber, diminuant le risque de fracture d’environ 50% après 3 ans de traitement.»

Et souligne le Pr. Meunier, «quand l’ostéoporose est avérée, s’il y a déjà eu des fractures, les bisphosphonates permettent aussi de réduire de 50% les récidives. Leur effet s’ajoute à celui du calcium et de la vitamine D qui doivent leur être associés» s’il y a manque. Mais comme pour toute maladie chronique, la prise d’un traitement à long terme est un obstacle à la bonne observance.

La possibilité d’une prise hebdomadaire d’alendronate, introduite voici 2 ans aux Etats-Unis, a représenté un progrès majeur ! La France et l’Autriche étaient jusqu’à il y a peu les deux seuls pays d’Europe à ne pas en disposer mais nos deux rhumatologues soulignent ce nouveau progrès. A San Antonio (Etats-Unis), le Pr. Pierre Meunier a pris connaissance de deux études «qui montrent aussi qu’il n’y a pas davantage d’effets secondaires digestifs à utiliser ce médicament qu’à prendre un placebo. Cette forme hebdomadaire est donc très appréciée des patients car elle les libère d’une servitude qui était de prendre un comprimé dans des conditions assez strictes : chaque matin une demi-heure avant le petit déjeuner avec un grand verre d’eau.»

Ce n’est pas Janine qui le contredira. «J’ai commencé pendant 18 mois le 10 mg tous les jours et c’était vraiment stressant. Parce que tous les jours il fallait respecter la prise. Après on m’a proposé de prendre un comprimé à 70 mg et là c’était le rêve, parce qu’il n’y avait qu’une dose à prendre par semaine et ça libère bien.» Une fois par semaine, le Pr. Maugars ne va pas jusqu’à dire comme Janine que c’est « le rêve », mais que cela représente «un progrès certain. Pas du point de vue de l’efficacité, identique à la prise quotidienne, mais du point de vue de l’observance. La forme hebdomadaire est plébiscitée par les femmes à qui on a demandé leur avis.»

Car ce n’est pas simple, de prendre un médicament quand on ne souffre de rien ! Celui qui a mal au crâne n’oubliera jamais de prendre du paracétamol ou de l’aspirine. Parce que cela soulage rapidement un état désagréable. Mais quand on ne ressent rien… Dur d’y penser, dur de s’astreindre à la prise d’un comprimé – un de plus – qui traite une maladie sans symptômes. Un peu comme le diabète à ses débuts, l’excès de cholestérol ou l’hypertension artérielle… toutes maladies dont les dégâts ne se font sentir qu’à long terme.

La prise hebdomadaire libère donc d’un esclavage quotidien, sauvegardant la densité osseuse. De quoi éviter une fracture qui peut en être une pour la vie : 20 % des femmes qui ont eu une fracture du col du fémur décèdent dans l’année suivante. Et 50 % ne récupèrent pas une capacité fonctionnelle complète.

Et pour ne pas oublier son médicament, on peut toujours coller un post-it sur le calendrier de la Poste ou avaler son comprimé un jour précis. Comme celui du marché hebdomadaire où généralement on se lève plus tôt… Bref trouver une astuce pour prendre toujours son traitement, sans avoir à y penser jamais.

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