On parle d’elle comme d’une maladie du passé. C’est vrai que la tuberculose a exercé ses ravages durant le XIXème siècle et au début du XXème. Avec la découverte des antibiotiques il y a 50 ans, on croyait que l’épidémie était définitivement enrayée.
Elevée par l’OMS au rang d’une urgence mondiale en 1993, la tuberculose reste encore aujourd’hui, avec le paludisme et le SIDA, l’une des maladies qui font le plus de victimes dans le monde. Un habitant de la planète sur trois est infecté par le bacille de Koch, et la tuberculose frappe huit millions de nouveaux malades chaque année. Deux millions – dont 100 000 enfants – en sont morts l’an passé.
L’infection par le VIH – le virus responsable du SIDA – est une cause majeure de l’augmentation du nombre de tuberculeux. Comme il déprime les défenses immunitaires, ce virus multiplie par trente le risque, pour une personne, de développer la tuberculose après un contact avec le bacille de Koch. Voilà pourquoi la tuberculose est la première cause de mortalité parmi les personnes infectées par le VIH. Elle est en effet responsable d’un mort sur trois parmi ces dernières.
Dans de nombreux pays situés au sud du Sahara, le nombre des malades a été multiplié par quatre depuis 1990. Et cela, principalement à cause du VIH. Pour les spécialistes de l’OMS, la pandémie de SIDA aura augmenté d’environ 15% le nombre de cas de tuberculose dans le monde.
La tuberculose, c’est avant tout la maladie des pauvres ! Naturellement, elle touche les pays les moins favorisés. Elle constitue donc un véritable obstacle au développement de ces régions, qui rassemblent 95% des cas et 98% des décès provoqués par la maladie. Elle s’attaque aussi à leurs forces vives, celles sur qui repose précisément le développement national puisque 75% des malades ont entre 15 et 45 ans.
Toutefois, les pays développés ne sont pas à l’abri. Dans nos grandes villes, les malades sont de plus en plus nombreux à être touchés par cette épidémie. En 2000, l’incidence de la tuberculose à Paris était de 50 cas pour 100 000 habitants, donc bien supérieure à la moyenne de la France qui se situe à 11,2 pour 100 000. Et même à celle d’importantes mégapoles mondiales : 16,6 pour 100 000 à New York ! Et là encore, la pauvreté est à l’origine de la maladie. Il y a urgence tant dans les pays en développement que dans les pays nantis. Et contrairement à ce que trop d’occidentaux croient, nous ne sommes pas protégés contre la tuberculose.
Pour Léopold Blanc, responsable de l’expansion de la stratégie DOTS (traitement de courte durée en supervision directe) à l’OMS, « il n’y a pas de protection définitive contre la tuberculose, la vaccination par le BCG permet de prévenir la tuberculose grave chez les enfants, c’est pour cela qu’il faut continuer à la faire. Mais elle ne prévient pas la tuberculose de l’adulte ou très peu. Il ne faut pas penser que l’on est protégé contre la tuberculose. Et la meilleure façon de se prémunir contre la maladie c’est que les pays qui en ont les moyens aident les pays qui n’en ont pas les moyens à lutter efficacement contre la tuberculose. »
Les européens ont donc le devoir de mettre en place une stratégie offensive fondée sur une coopération multilatérale avec les pays les plus touchés. Comme le font les Pays-Bas par exemple. « Les Hollandais ont très bien compris qu’il fallait investir dans les pays en développement et ils supportent beaucoup de pays dans la lutte contre la tuberculose. » Voilà une politique cohérente et intelligente car les maladies transmissibles ne connaissent pas de frontières. La résurgence de la tuberculose dans les pays riches trouve sa source dans les pays en développement.
La tuberculose en France et en Europe
Dans tous les pays d’Europe de l’Ouest, la tuberculose touche en premier lieu les migrants et les personnes qui vivent dans des conditions sociales particulièrement défavorisées. Environ 24% des malades tuberculeux en France sont des migrants. En Hollande par exemple, la proportion des migrants parmi les tuberculeux est beaucoup plus importante : 60%.
En France toutefois, la population autochtone est concernée par la tuberculose. Les Anglais observent la même chose à Londres dans certains quartiers. Léopold Blanc souligne que, « les personnes soit marginales, soit défavorisées et dans lesquelles on retrouve aussi un grand nombre de migrants ont été infectées dans leur pays d’origine et développent leur tuberculose. En fait c’est la transposition de l’Afrique en Europe.»
Autre problème souligné par Léopold Blanc, le manque de pratique des médecins qui, en retardant le diagnostic, pourrait porter préjudice à certains patients tuberculeux. « Les jeunes médecins qui sont actuellement formés ne voient pas de patients tuberculeux ou en voient de façon tout à fait épisodique. Un médecin qui sort de la faculté n’a jamais vu de tuberculeux tout au cours de ses études, c’est clair. Il y a donc un risque de ne pas faire le diagnostic de tuberculose. »
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