Plus de 9 000 participants représentant 130 pays. Un rassemblement inédit de scientifiques, de mouvements associatifs, de congrégations communautaires et de leaders politiques… A coup sûr la 8ème Conférence internationale sur le SIDA et les Infections sexuellement transmissibles (ICASA), qui s’est tenu récemment à Dakar, est un succès… de communication. Le président sénégalais Abdoulaye Wade son hôte officiel, semble d’ailleurs en avoir conçu quelque irritation.
C’était il est vrai, la seconde conférence du genre à se tenir au Sénégal en 15 ans. Le président sénégalais a demandé « plus de concentration et d’actions pratiques et surtout plus de prévention », relevaient nos confrères du « Quotidien » à Dakar, au lendemain de son intervention inaugurale. Il est vrai par ailleurs que le président Wade a souligné, un brin provocateur, que même « si les antirétroviraux sont gratuits, il faut aujourd’hui parler de l’essentiel. »
« L’essentiel » donc, aurait apparemment changé de caractère. Il est vrai comme le souligne l’ONUSIDA, que l’accès aux traitements a beaucoup progressé. Trois millions de séropositifs sont aujourd’hui traités dans les pays à faibles revenus. Et en Namibie, la proportion des séropositifs traités est passée de 1% à … 88% en seulement 6 ans.
Mais pour les personnes infectées et particulièrement en Afrique, le combat le plus difficile aujourd’hui pourrait bien être celui pour une vie décente. Plus encore que dans les sociétés riches, le statut des minorités sexuelles laisse à désirer. La stigmatisation sociale est terrible et le statut des séropositifs est littéralement pénalisé. Au sens juridique du terme.
Ainsi au Bénin, l’exposition au VIH est à elle seule criminalisée, même en l’absence de transmission. Au Burkina Faso, la transmission du VIH par une personne qui connaît son statut est qualifiée de tentative d’homicide. Et dans certains pays, la transmission de la mère à l’enfant pourrait même donner lieu à des poursuites pénales….
Cette évolution est si préoccupante que l’ONUSIDA et la Fédération internationale des associations de Planning familial (l’IPPF) ont élaboré de concert un « Index de stigmatisation et de discrimination envers les personnes vivant avec le VIH »…
La prise en charge de la tuberculose est un impératif!
Le médicament à lui seul donc, ne peut pas tout contre la pandémie de SIDA. Mais il peut beaucoup, à condition d’être bien utilisé ! Car si l’observance du traitement est fondamentale pour son succès, la prise en charge de l’infection à VIH ne doit pas occulter celle des maladies opportunistes. Au premier rang desquelles la tuberculose.
Celle-ci, a rappelé Alastair Reid de l’ONUSIDA, « est même la principale cause de maladie et de mortalité parmi les personnes vivant avec le VIH en Afrique alors qu’elle peut être soignée, et même évitée… »
En association avec le Partenariat Stop TB et le Programme alimentaire mondial, l’Agence organisait donc à Dakar des sessions sur la mise en œuvre de ce qu’elle appelle « la règle des trois ‘I’ » : Intensification du dépistage de la tuberculose ; utilisation préventive de l’Isoniazide (qui est un antituberculeux de référence) ; et maîtrise de l’infection pour réduire le fardeau de la tuberculose. Un rappel dont l’opportunité est loin d’être douteuse.
En 2006 par exemple, seules 22% des personnes atteintes de tuberculose en Afrique subsaharienne ont été testées pour l’infection à VIH. Or moins de… 1% de ces patients ont bénéficié d’un dépistage de la tuberculose…
Une fois la maladie démasquée, l’observance thérapeutique est un impératif absolu. Dans ce domaine, le rôle des responsables des pharmacies de ville – ce que l’on appelle les pharmacies communautaires dans le jargon international… – est absolument essentiel.
L’association Sidaction organisait ainsi une « session de renforcement » qui leur était destinée. Elle y a rappelé l’importance du Guide de bonnes pratiques pharmaceutiques élaboré par la Fédération internationale pharmaceutique au terme d’une longue concertation avec les associations professionnelles de pharmaciens dans le monde.
Simple et adapté au terrain, ce guide permet d’améliorer l’ensemble des pratiques, de la gestion des stocks au conseil lors de la dispensation, en passant par les recommandations nutritionnelles.
Car tout est important. Comment repérer et accompagner les patients peu observants ? Comment adapter la prise des antirétroviraux durant le ramadan ? Ces questions sont le lot quotidien des pharmaciens, dont le rôle et l’importance doit être mieux reconnu affirment les responsables de Sidaction.
Dépistage, promotion de l’information, éducation des patients, formation continue des professionnels de terrain… les impératifs ne manquent pas. La lutte contre le VIH en Afrique a plus progressé peut-être, en 6 ans que durant les 20 années précédentes.
Mais si les progrès ont été immenses, le défi reste considérable. L’Afrique ne le relèvera pas seule. L’engagement international est plus que jamais nécessaire car le VIH ne connaît pas de frontières. Pas davantage qu’aucune autre maladie.
Roselyne Bachelot-Narquin, ministre française en charge de la Santé, a pris les devants sur ce point. « La France soyez-en assurés, ne renoncera pas à sa contribution élevée au Fonds mondial, la première en volume de l’Union européenne et la seconde au monde. La France ne renoncera pas non plus à sa très large participation à UNITAID. »
La ministre a également rappelé que « la France a consacré en 2007 plus de 364 millions d’euros à cette lutte (et qu’il) ne saurait être question de renoncer à de telles priorités diplomatiques à cause de la crise économique et financière mondiale. »
de notre envoyée spéciale à la 8ème Conférence internationale sur le SIDA et les Infections sexuellement transmissibles (ICASA), Dakar, 3-7 décembre 2008
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