Diabète: traiter en ménageant le rein ?

[07 juillet 2010 - 15h16] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h39]

Face à l’épidémie de diabète de type 2, la recherche de nouvelles voies de traitements, agissant plus en amont sur la sécrétion d’insuline, est permanente.

Apparus en France il y a deux ans, les modulateurs des incrétines font figure de progrès marquant. Utilisés précocement, et le plus souvent avec d’autres antidiabétiques oraux, ils permettent d’éviter une aggravation de la maladie. Pourtant cette nouvelle classe continue d’évoluer. Ainsi au dernier congrès de l’American Diabetes Association à Orlando, de nouvelles approches ménageant le rein – siège de graves complications du diabète – ont été présentées.

Près de 2,5 millions de Français souffrent d’un diabète de type 2… sans compter les malades qui s’ignorent. Or le diabète s’il n’est pas correctement contrôlé, expose à de nombreuses complications. La cécité bien sûr – le diabète est la première cause de cécité acquise en France – mais aussi l’insuffisance rénale et différentes maladies cardiovasculaires. En provoquant une athérosclérose des membres inférieurs – ce que l’on appelle l’artérite – le diabète entraîne ainsi chaque année 8 000 amputations des membres inférieurs, et 33 000 amputations du pied dans notre pays…

Comment traiter ?

Dans un premier temps, un régime équilibré et la mise en place d’un programme d’activité physique sont généralement suffisants pour contenir les effets de la maladie. Toutefois, dès que la glycémie (le taux de glucose dans le sang) s’élève, un traitement par antidiabétiques oraux devient nécessaire.

Ces traitements sont éprouvés depuis des décennies. Il en existe aujourd’hui six catégories différentes: la metformine, les sulfamides hypoglycémiants, les inhibiteurs des alpha glucosidases, les glitazones et, plus récemment, les modulateurs des incrétines. Ces derniers médicaments agissent en bloquant un enzyme qui dégrade les incrétines – le DPP4 – ou en favorisant la sécrétion de l’incrétine GLP1, qui à son tour stimule la production d’insuline.

Tous ces traitements sont efficaces. Pourtant souligne le Pr Fabrice Bonnet, chef du service d’endocrinologie-diabétologie- nutrition au CHU de Rennes, « aucune de ces classes de médicaments n’agit sur toutes les cibles dans le diabète. D’où l’intérêt de les associer dans le cadre de bithérapies ».

Un meilleur contrôle de la glycémie

Les incrétines sont des hormones naturellement produites par le tube digestif, en réponse à la prise alimentaire. L’important est naturellement de faire en sorte que rien ne s’oppose à cette sécrétion. « Les inhibiteurs du DPP4 » explique Fabrice Bonnet, « empêchent la dégradation du GLP1, l’incrétine qui stimule la sécrétion d’insuline par le corps. Ce traitement améliore ainsi le contrôle glycémique chez le diabétique de type 2 ».

Les modulateurs des incrétines sont utilisés en France depuis déjà deux ans. « Ils donnent pour l’instant satisfaction, car ils ne provoquent pas d’hypoglycémies, ni de prise de poids – deux inconvénients majeurs de beaucoup de traitements contre le <b<diabète », précise-t-il. De plus, ils ne demandent qu’une prise par jour, qui peut ou non être liée à un repas, et ils sont disponibles en une seule posologie. Ils sont donc à la fois plus faciles à prescrire pour le médecin, et à prendre pour le patient. » Enfin, on ne leur connaît pas actuellement d’effets secondaires majeurs. Cependant, le recul est encore limité: on ne sait pas encore si, après plusieurs années de traitement, l’effet positif se maintiendra.

La linagliptine – un inhibiteur du DPP4 actuellement en cours d’enregistrement par l’Agence européenne du Médicament (EMEA) – a fait l’objet de présentations lors du congrès de l’American Diabetes Association (ADA), fin juin 2010 à Orlando (USA). Menée dans 40 pays, une étude sur plus de 5 000 patients a confirmé qu’elle présente les mêmes avantages que les autres modulateurs des incrétines, et qu’elle fait baisser la glycémie de 0,6% à 0,7%. Elle présenterait cependant, une particularité. « Elle est métabolisée au niveau du foie, et non pas comme les autres au niveau du rein. Ce qui est intéressant pour les patients souffrant d’une insuffisance rénale » souligne le Pr Bonnet. « De plus, une étude sur la souris a montré qu’elle diminue l’accumulation de graisses dans le foie – la stéatose hépatique – qui constitue également un problème quotidien pour nos patients. »

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