Pourquoi nous manquons de médecins

[12 mai 2011 - 13h03] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h44]

Numerus clausus. Pourquoi la France va manquer de médecins. Le titre du dernier ouvrage du Dr Daniel Wallach –un dermatologue qui fait référence – ne comporte pas de point d’interrogation. A l’appui de son affirmation, l’auteur revient sur l’histoire d’une décision politique prise en 1971. Celle-ci selon lui, a « privé 50 000 jeunes de la possibilité d’étudier la médecine en France à la fin du XXème siècle ». Sans oublier bien sûr, ses conséquences actuelles sur la démographie médicale

Pour rédiger les 300 pages de son livre, Daniel Wallach s’est appuyé sur une source unique, le Quotidien du médecin. Comme le Numerus clausus, celui-ci est né en 1971. Il le concède volontiers, « les critères de recherche contemporaine sont très loin d’être remplis ». Il n’empêche que ce travail ouvre les yeux des plus jeunes – et réveille les souvenirs des autres – sur les raisons qui ont abouti à la mise en place de ce qui fut appelé à l’époque, la planification de la pénurie médicale.

Passionnante, la première partie de l’ouvrage nous replonge dans le contexte post 68. Souvenez-vous… Ce Numerus clausus est alors porté par un « argument choc », d’ordre purement économique. Il s’agissait à la base – déjà – de diminuer les dépenses de santé. Le raisonnement des politiques et des gestionnaires de l’Assurance-maladie tenait alors en quelques mots : « puisque les dépenses médicales sont prescrites par les médecins, si on diminue le nombre de médecins, on diminue le niveau des dépenses » ! En d’autres termes, si vous ne pouvez pas trouver de médecin pour vous soigner, eh bien vous contribuerez à faire faire des économies à la nation !

Fin juin 1971, le projet de loi présenté par Olivier Guichard, ministre de l’Education nationale, est adopté à l’Assemblée nationale. « C’est une pure et simple nécessité technique », dira Guichard. « Ce projet n’est ni bon ni mauvais, il est indispensable ». Fermez le ban…

C’est ainsi que Daniel Wallach détaille les arguments présentés par les opposants et les partisans du Numerus clausus. Il s’attarde également et avec sévérité, sur « l’organisation médicale des hôpitaux, basée sur une hiérarchie féodale caractérisée par l’inamovibilité des responsables et la cooptation de leurs successeurs »… Dans l’avant-dernière partie de l’ouvrage, il revient enfin sur la loi HPST de 2009 et la nouvelle organisation mise en place pour enrayer la désertification médicale. Cette stratégie sera-t-elle payante ? « Les modifications sont difficiles à anticiper », souligne l’auteur.

Enfin, la dernière partie est consacrée aux enseignements de cette histoire. Que nous a-t-elle appris ? « Que l’on ne peut pas planifier, ni le nombre des médecins, ni leur répartition entre les différentes activités ». Ni, oserons-nous dire, le nombre des malades et l’apparition de nouvelles maladies. En 1971 on ne connaissait ni le SIDA, ni la maladie d’Alzheimer par exemple. Deux maladies qui pèsent –lourdement – sur le système de soins… Numerus clausus. Pourquoi la France va manquer de médecins, du Dr Daniel Wallach, Springer Editeur, 300 pages, 15 euros

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