Prostate : faut-il dépister systématiquement ?

[15 septembre 2010 - 08h59] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h40]

Ce mercredi 15 septembre marque la 6ème journée nationale de la prostate. L’occasion d’informer les hommes – mais aussi pourquoi pas leurs femmes, souvent plus attentives à leur santé – sur le rôle, le fonctionnement, les maladies et les traitements de cette glande essentielle mais exclusivement masculine. Avec en perspective, le dépistage du cancer de la prostate, le premier des cancers masculins.

A quoi sert la prostate ? Cette petite glande qui entoure l’urètre, est située juste en dessous de la vessie. Elle est composée d’un tissu dit glandulaire à l’origine de la formation du liquide prostatique. Ce dernier remplit deux rôles majeurs : il participe à la fabrication du sperme et assure la survie des spermatozoïdes.

A son état normal, la prostate n’est pas plus grosse qu’une noix. Toute modification de sa nature et de son volume, va en quelque sorte « appuyer » sur l’urètre et affecter la miction. Avantage, la prostate est facilement accessible par le toucher rectal. Le médecin peut ainsi en évaluer la taille, la symétrie et détecter la présence d’éventuels nodules ou indurations.

Plus de 60 000 nouveaux cas de cancer de la prostate par an. Cette glande peut être le siège d’une hypertrophie, d’une infection ou d’un cancer. Avec 60 000 nouveaux cas chaque année en France, le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez l’homme. Il constitue également la deuxième cause de mortalité (9 200 victimes en 2005), derrière le cancer du poumon.

Cette maladie progresse très lentement, au point d’être rarement symptomatique avant d’atteindre un stade avancé. D’où l’importance d’un dépistage précoce. En France, celui-ci repose sur la pratique annuelle chez les hommes de plus de 50 ans, du toucher rectal et d’un dosage du PSA, ou antigène spécifique de la prostate. C’est un indicateur biologique fiable de l’activité de cette dernière, et toute élévation anormale est de nature à alerter le médecin. Signalons aussi qu’un dépistage plus précoce – à partir de 45 ans – est conseillé pour les hommes dont la famille a connu des antécédents de cancer prostatique.

Les limites du dosage du PSA à grande échelle. Dans notre pays donc, le dépistage du cancer de la prostate reste un acte individuel. Mais depuis quelques années, des voix s’élèvent pour mettre en place un dépistage systématique.

Celui-ci n’a pas les faveurs de la Haute Autorité de Santé (HAS). En 2009, elle a d’ailleurs procédé à l’analyse critique de deux nouvelles études – une européenne et une américaine – centrées sur la stratégie de dépistage. A l’issue de son travail, elle a maintenu « qu’aucun élément scientifique nouveau (ne paraît) de nature à justifier la réévaluation de l’opportunité de la mise en place du dépistage systématique ».

Le débat n’est pas nouveau. Il porte sur le dosage à grande échelle du PSA. Non seulement son résultat peut être faussement négatif et rassurer à tort le patient. Mais il peut aussi être à l’origine de traitements lourds chez des patients qui n’en avaient pas réellement besoin. C’est en effet ce qu’explique François Meyer, directeur de l’Evaluation Médicale, Economique et de Santé Publique à la HAS : « le dépistage du cancer de la prostate par dosage du PSA peut entraîner la découverte de cancers à des stades précoces, (Mais certains de ces cancers) n’auront pas tous un potentiel d’évolution et ne donneront pas de troubles. Alors que les traitements auxquels on va soumettre le patient pourront eux, avoir des effets indésirables importants (troubles de l’érection, incontinence…). » Le dépistage à grande échelle n’est donc pas pour demain.

Aller plus loin : Eléments d’information des hommes envisageant la réalisation d’un dépistage individuel du cancer de la prostate (rapport de l’ANAES – ex HAS- de septembre 2004)

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