Médicaments anti-rhume : le cœur en danger ?

26 juin 2015

Les vasoconstricteurs pris par voie orale sont dans le collimateur de l’Académie nationale de médecine. Laquelle recommande que ces médicaments indiqués en cas d’écoulement nasal soient disponibles uniquement sur prescription médicale. Les explications du Pr Jean-Paul Giroud, spécialiste en pharmacologie et membre de l’Académie.

Actuellement, en France, les formes nasales des vasoconstricteurs sont toutes soumises à prescription alors que les formes orales sont en vente libre. Le problème pour le Pr Giroud repose sur le fait que « ces médicaments pris par la bouche vont entraîner un resserrement des vaisseaux et en particulier des artères. Conséquences, ils augmentent la tension artérielle exposant à un risque d’accidents cardiovasculaires et neurologiques (accident vasculaire cérébral, voire des troubles compulsifs). Et ceci pour traiter un simple rhume ! ». A noter que ces effets secondaires peuvent être encore plus graves chez un patient hypertendu et chez les personnes âgées qui prennent plusieurs médicaments.

Selon l’Académie nationale de médecine, « les données de Pharmacovigilance montrent que ces effets indésirables déclarés sont certes très rares mais graves et dans tous les cas imprévisibles ». Par ailleurs le Pr Giroud signale que « ces effets ne sont pratiquement jamais déclarés et d’après des extrapolations, cela pourrait être à l’origine de plusieurs milliers de cas par an ». Il s’étonne que « les formes orales moins efficaces contre l’écoulement nasale soient disponibles en automédication tandis que les formes locales soient uniquement disponibles sur prescription médicale ».

Tout médicament peut entraîner des effets secondaires 

La commission II de l’Académie a analysé l’ensemble des données de pharmacologie fondamentale et clinique concernant ces médicaments. « Elle a ensuite émis le vœu que les vasoconstricteurs administrés per os (par voie orale), qui ont une balance bénéfices/risques moins favorable que les vasoconstricteurs administrés par voie nasale, soient délivrés uniquement sur ordonnance ».

Rappelons que, comme l’expliquait le Pr Giroud dans un précédent entretien, « tout médicament, avec ou sans ordonnance, remboursable ou pas peut entraîner des incidents voire des accidents. L’aspirine peut provoquer des problèmes graves chez les patients présentant des troubles de l’estomac ainsi que de nombreuses interactions médicamenteuses. Le paracétamol peut causer une toxicité sérieuse si l’on dépasse la dose recommandée. »

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