Médicament : la prescription hors-AMM potentiellement dangereuse

[22 décembre 2010 - 12h03] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h42]

L’actualité récente concernant le Médiator® l’a montré, il est fréquent que des médicaments soient prescrits en dehors de leurs indications. C’est-à-dire pour parler ‘technique’, hors Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). C’est particulièrement le cas lorsqu’ils ont des propriétés amaigrissantes reconnues… ou supposées. Le point sur ce sujet avec le Pr Jean-Paul Giroud, professeur de pharmacologie clinique et membre de l’Académie nationale de Médecine.

« Les médecins ont le droit de libre prescription… ce qui ne signifie pas qu’ils peuvent faire n’importe quoi » rappelle cet hospitalo-universitaire. Soulignant qu’il s’exprime en son nom – et pas en celui de l’Académie – et en dehors de tout conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, il explique le fondement de cet usage au nom duquel les médecins ne sont pas « tenus » par les limites de l’AMM. Cette indépendance ne les exonère pas de toute responsabilité, bien au contraire.

« Pour prescrire hors AMM, il faut s’appuyer sur un consensus scientifique lui-même fondé sur des publications de bon niveau, dans des revues sérieuses. En effet, ce type de prescriptions entraîne des risques sanitaires et juridiques. Elles engagent la responsabilité du (médecin) prescripteur, du laboratoire pharmaceutique et du pharmacien. » Le médecin, qui s’affranchit des règles officielles de prescription, endosse de ce fait une responsabilité importante.

Obésité, surpoids et dérives dangereuses

« Beaucoup de médicaments sont utilisés hors AMM dans la prise en charge de l’obésité. Ce fut le cas du Médiator®, ça l’est aussi de certains antidépresseurs comme le Prozac®, du Zyban® qui est à la base utilisé dans le sevrage tabagique, mais également de laxatifs irritants, de diurétiques et surtout d’hormones thyroïdiennes. Le Levothyrox® en particulier, est curieusement l’un des médicaments les plus vendus en pharmacie derrière le Doliprane®, l’Efferalgan® et le Dafalgan® (trois spécialités antidouleur à base de paracétamol, n.d.l.r.) ! »

« Il n’y a pourtant pas tant de personnes que cela, qui souffrent d’insuffisance thyroïdienne… Des molécules qui sont proches (du Levothyrox®) comme le Cynomel®, l’Euthyral® et le Téatrois®, sont aussi utilisées à cette fin » souligne Jean-Paul Giroud. Or la prescription de ces produits est une affaire sérieuse. Leur utilisation pour le traitement de l’obésité peut occasionner des risques importants, hors atteintes thyroïdiennes.

Depuis plusieurs années déjà, les médecins se voient interdire de prescrire l’association diurétiques-amphétamines-extraits thyroïdiens rappelle le Pr Giroud. Mais les règles sont souvent contournées. « Les malades traités par ces médicaments doivent faire l’objet d’une surveillance médicale étroite. Le grand public doit être alerté sur cette question, et éviter de prendre des médicaments en-dehors de leur indication. »

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