
Un vieux médicament. Le baclofène est commercialisé depuis 1974 sous le nom de Liorésal®. C’est un myorelaxant indiqué contre les contractures spastiques (contractions musculaires excessives) de la sclérose en plaques et des troubles liés aux atteintes de la moelle épinière.
Depuis plusieurs années toutefois, il est utilisé en France contre la dépendance alcoolique, mais dans le cadre de prescriptions hors-AMM ! Selon la synthèse réalisée par le Pr François Paille en début d’année 2011, « les données de la littérature internationale et l’expérience clinique ont montré un effet positif de cette molécule sur la rechute chez les patients alcoolo-dépendants après sevrage ». Mais, il y a des… mais !
Un bénéfice en question. Les études portent en effet sur de petites cohortes de patients. « Presque toutes (ces études) sont affectées de biais méthodologiques qui atténuent la portée de leurs conclusions », souligne François Paille. Professeur de pharmacologie clinique et membre de l’Académie nationale de Médecine, Jean-Paul Giroud partage cet avis : « les études cliniques sur le baclofène sont encore trop limitées pour le moment, pour que l’on puisse conclure à son efficacité ».
Les deux experts s’accordent donc, à considérer que le baclofène souffre d’un réel déficit d’évaluation scientifique. En toute logique, l’Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé (AFSSaPS) souligne qu’ « il n’est pas possible de faire des recommandations sur l’utilisation du baclofène chez l’alcoolo-dépendant. Les données ne permettent pas de confirmer ou d’infirmer son efficacité, de définir des doses efficaces, bien tolérées et une durée de traitement ».
Prescription hors AMM. « L’AFSSaPS a recensé à peu près 20 000 prescriptions de Liorésal® qui seraient, compte tenu des posologies utilisées, probablement en rapport avec l’alcoolo-dépendance. Le phénomène de la prescription hors AMM s’il est en augmentation, reste donc malgré tout limité », explique le Pr François Paille.
Des effets secondaires ?. « La tolérance est globalement assez bonne. Mais des études sur de plus grandes populations sont nécessaires pour préciser le rapport bénéfice/risque », précise-t-il..Autrement dit, « on ne peut pas espérer traiter une pathologie aussi complexe (que l’alcoolisme) seulement par un traitement médicamenteux. La prise en charge de base repose sur un accompagnement psychosocial global. Les médicaments, d’efficacité nécessairement limitée, apportent une aide supplémentaire. »
Pourquoi un tel engouement pour cette molécule ? Le Pr Paille estime que si le baclofène connaît aujourd’hui un relatif succès, cela tient avant tout au ‘bruit médiatique’ dont il fait l’objet. « Un certain nombre de médecins font la promotion de ce produit dans les médias. Cette dernière est d’autant mieux reçue que les praticiens comme les patients, sont toujours en attente d’une sorte de traitement médicamenteux « miracle » de l’alcoolo-dépendance ». Or en thérapeutique, les miracles n’existent pas…
Plus remarquable encore, est l’intérêt soutenu que les milieux proches des alcooliers portent à ce produit. Au point d’exiger le lancement d’études cliniques. Cela signifie-t-il qu’il y aurait une réticence à autoriser ces dernières ?
Pour aller plus loin, lire la synthèse de la FFA.

Source : Synthèse réalisée par F. Paille et L. Malet au nom de la Fédération française d’Addictologie, 22 janvier 2011- Réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions (RESPADD) , avril 2011 -Interview du Pr François Paille, 11 mai 2011 – Interview du Pr Jean-Paul Giroud, 9 mai 2011