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Basée sur plus de 230 millions de consultations et une enquête auprès de 8 000 patients, l’étude menée par Doctolib, la Fondation Jean Jaurès et Joy Raynaud, géographe de la santé, publiée mardi 19 mai, montre qu’en termes de délais d’attente, de fortes disparités perdurent.
Obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste reste relativement rapide, avec un délai médian de trois jours. Même chose pour les kinésithérapeutes (6 jours), les chirurgiens-dentistes (10 jours) et les sage-femmes (12 jours).
En revanche, pour certaines spécialités, les délais continuent de s’allonger nettement. Il faut en moyenne 42 jours pour consulter un cardiologue et 32 jours pour un dermatologue.
S’il convient de noter qu’entre 2023 et 2025, certaines disciplines ont progressé (4 jours d’attente en moins pour consulter un ophtalmologue et 3 jours pour un dermatologue), d’autres ont vu la durée d’attente s’allonger, notamment la pédiatrie ou la psychiatrie.
L’étude montre également que l’organisation des soins joue un rôle déterminant. Et contrairement à une idée reçue, la pénurie de médecins n’explique pas tout.
Un exemple ? En ophtalmologie, les délais d’attente ont été divisés par deux en huit ans, sans augmentation du nombre de praticiens. En cardiologie en revanche, la densité libérale a progressé mais les délais s’allongent. Pour les auteurs, le constat est simple : « au-delà de la densité, c’est l’organisation des soins pour dégager du temps médical qui détermine, aussi, l’accès aux soins ».
La téléconsultation apparaît aussi comme une solution prometteuse, mais encore peu utilisée. Lorsqu’elle est proposée, elle permet d’obtenir un rendez-vous plus rapidement. Pourtant, elle reste marginale dans la plupart des spécialités (- de 3 % de l’activité).
Ces évolutions cachent par ailleurs des inégalités territoriales considérables. En cardiologie, le délai varie de 16 jours (à Paris) à 164 jours (dans le Gers). En ophtalmologie, de 5 jours (en Seine-Saint-Denis) à 153 jours (toujours dans le Gers).
Mais pour les auteurs, ces différences ne se résument pas à une opposition entre villes et campagnes. Chaque spécialité semble dessiner sa propre géographie, ce qui rend les solutions globales difficiles à appliquer.
Au-delà des délais, l’étude met en lumière un phénomène préoccupant : le renoncement aux soins. Près de 63 % des Français déclarent avoir déjà abandonné l’idée de prendre un rendez-vous.
Mais de façon surprenante, ce ne sont pas les populations les plus précaires qui renoncent le plus, mais les actifs, notamment les jeunes adultes et les cadres.
Entre autres explication, l’émergence de l’intelligence artificielle. Ainsi, 78 % des étudiants utilisent une IA pour des questions de santé, et 20 % ont renoncé à consulter un professionnel après y avoir eu recours. Ce qui n’est pas sans risque.
Cette étude montre que l’accès aux soins est devenu un défi structurel aux multiples visages. Il ne s’agit plus seulement de former davantage de médecins, mais de repenser en profondeur l’organisation du système de santé.

Source : https://www.jean-jaures.org/publication/cartes-de-france-2026-de-lacces-aux-soins-soignants-et-patients-face-aux-inegalites-territoriales/

Ecrit par : Vincent Roche – Edité par : Emmanuel Ducreuzet