Souvent associée aux femmes, la simulation de l’orgasme serait aussi un subterfuge mis en œuvre par les hommes. Ainsi l’éjaculation n’irait pas toujours de pair avec un plaisir intense. Les précisions du Dr Béatrice Cuzin, sexologue à Lyon.

Dans l’opinion publique, la simulation de l’orgasme s’accorde souvent au féminin. Cette association vient sûrement du fait que les femmes auraient une plus grande difficulté à atteindre l’orgasme… donc de plus grandes chances de devoir feindre ce dernier. Mais qu’en est-il des hommes ? Certes, dans la majorité des cas, le désir, l’érection, l’éjaculation et enfin l’orgasme constituent la cascade logique de l’acte sexuel masculin. « Pourtant, en consultation, les hommes rapportant un besoin de simuler l’orgasme ne sont pas si rares », explique Béatrice Cuzin, sexologue à Lyon. Ainsi ce mime du plaisir extrême ne serait « pas étranger à certains seniors, notamment en cas de troubles prostatiques, mais aussi de plus jeunes hommes. »

Performance, âge et lâcher-prise…

« A ce jour, les études restent marginales à ce sujet, preuve d’un certain tabou », souligne le Dr Cuzin. Toutefois, plusieurs explications peuvent être avancées pour expliquer ce recours à la simulation :

  • le culte de la performance et la pression qui va avec. Entre la quête de satisfaction du partenaire et l’appréhension d’atteindre l’orgasme trop tôt ou trop tard, la peur de l’échec lors de l’acte sexuel n’est pas si rare. Ainsi, pour le Dr Cuzin, il n’est pas étonnant de savoir qu’en cas d’éjaculation précoce, certains jeunes hommes – qui peuvent prolonger la pénétration après émission du sperme – simulent la prolongation du plaisir ascendant. Et vont jusqu’au râle spécifique de l’orgasme pour signifier l’atteinte du summum à leur partenaire alors que cette phase est déjà bien loin. Au contraire, lorsque l’éjaculation peine à venir, la simulation par un semblant d’abandon peut aussi venir masquer un blocage émotionnel, un désir en chute libre ou encore une anéjaculation (un orgasme sans éjaculation) ;
  • les conséquences d’une masturbation intense. « Les hommes reprenant une vie sexuelle à deux, et habitués à se masturber fréquemment, peut ressentir des difficultés à avoir un orgasme en présence de quelqu’un. »
  • la difficulté à lâcher-prise. « Sans catégoriser, il est vrai que certains hommes peinent à mettre à nu leurs réelles émotions. Comme si elles faisaient tort à leur virilité alors qu’il n’en est rien ». Or l’orgasme masculin a de particulier sa dissociation entre l’aspect mécanique des choses et le mental. « En effet, éjaculation ne signifie pas forcément orgasme. Même si l’émission de sperme provoque techniquement un minimum de plaisir, l’orgasme ne vient pas si le désir, les émotions et le lâcher-prise ne sont pas au rendez-vous. D’où le recours à la simulation. » 
  • la diminution des sensations liées à l’âge. « En cas de troubles prostatiques, il arrive que les fonctions érectiles et éjaculatoires soient empêchées », note Béatrice Cuzin. « Des hommes concernés par cette fragilité rapportent en effet des sensations moins fortes… et donc un réflexe de plus en plus fréquent à simuler l’orgasme. » D’autres, au contraire, expliquent qu’ils atteignent l’orgasme malgré ces pannes érectiles et éjaculatoires. « Preuve que la part du mental et le poids des émotions sont centrales dans le sexe et la sensation orgasmique ».

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