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Les femmes dont le stress, mesuré de manière objective à l’aide de l’échelle validée PSS-10 (Perceived Stress Scale), est élevé entre 5 et 8 semaines de grossesse – mais pas avant la conception – présentent un risque plus important de fausse couche.
Dans cette étude institutionnelle de grande ampleur qui vient d’être publiée dans Human Reproduction , la Pre Amelia Wesselink (Boston University School of Public Health) s’est appuyée sur la cohorte PRESTO (Pregnancy Study Online). PRESTO est une étude préconceptionnelle en cours, ayant recruté des participantes entre 2013 et 2025, âgées de 21 à 45 ans, résidant aux États-Unis ou au Canada et souhaitant concevoir un enfant naturellement.
Parmi les différents paramètres recueillis figurait l’évaluation du stress. Au total, 8 319 femmes ont complété la PSS-10 en début de grossesse. À titre de comparaison, 11 189 femmes ont renseigné cette échelle en période préconceptionnelle, avec une évaluation répétée toutes les 8 semaines.
Globalement, environ 20 % des grossesses se sont soldées par une fausse couche, survenant en moyenne à six semaines d’aménorrhée.
Après ajustement des chiffres sur les principaux facteurs de confusion potentiels (notamment l’âge, le poids…), les scores élevés de PSS-10 mesurés entre 5 et 8 semaines de grossesse étaient fortement associés au risque de fausse couche : un score compris entre 10 et 14 (sur un maximum de 40) était associé à une augmentation de 38 % du risque relatif de fausse couche par rapport à un score inférieur à 10. Lorsque le score dépassait 25, le risque relatif augmentait de 105 %.
Dans les analyses par semaine, une association stress élevé/fausse couche a été observée entre les semaines 4 et 8, avec un pic à la semaine 7. Par contre, aucune association n’a été observée entre les scores préconceptionnels de PSS-10 chez la femme – ni chez l’homme (le niveau de stress était aussi mesuré chez l’homme en préconceptionnel) – et le risque de fausse couche.
Bien qu’il s’agisse de données issues de cohorte, l’ampleur de l’effectif et la validation des outils renforcent la solidité des résultats. Les auteurs avancent que des interventions ciblant la réduction du stress en début de grossesse pourraient contribuer à diminuer l’incidence des fausses couches « mais la confirmation de nos résultats par des études randomisées est nécessaire. »
Sur le plan physiopathologique, une élévation du cortisol (« l’hormone du stress ») liée à l’activation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (l’axe constitué de l’hypothalamus, l’hypophyse et des glandes surrénales) pourrait altérer la production de progestérone. Un autre mécanisme parmi d’autres envisagé repose sur une diminution de la sécrétion de l’hormone chorionique gonadotrope (hCG). Or celle-ci est indispensable à l’implantation de l’embryon au niveau de l’endomètre, la paroi de l’utérus.

Source : Amelia K Wesselink, et al. A prospective study of periconceptional perceived stress and rate of miscarriage, Human Reproduction, 2026; deaf243.

Ecrit par : Hélène Joubert - Edité par Emmanuel Ducreuzet