© Gorodenkoff/Shutterstock.com
Des scientifiques de l’Inserm, de l’Université de Grenoble Alpes, en collaboration avec Santé publique France ont étudié les conséquences de la chaleur sur les femmes enceintes. En effet, alors que la population mondiale est exposée à des températures de plus en plus élevées et des vagues de chaleurs de plus en plus extrêmes, l’exposition à la chaleur peut nuire à la santé des femmes enceintes et des enfants à naître. Ainsi plusieurs travaux suggèrent que des températures élevées peuvent augmenter le risque de faible poids à la naissance, une naissance prématurée voire un décès néonatal. En 2020, selon le chiffre avancé par l’Inserm dans un communiqué, 15 % des nouveau-nés présentaient un faible poids de naissance (moins de 2,5 kg).
La présente étude se penche sur l’impact de la chaleur, combinée à la pollution atmosphérique, la présence d’espaces verts et divers facteurs socio-économiques. Les chercheurs se sont ainsi attachés à identifier les périodes précises de la croissance fœtale durant lesquelles l’exposition maternelle à la chaleur pourrait avoir un effet significatif sur le futur poids de naissance de l’enfant. Ils ont aussi exploré comment la pollution atmosphérique (particules fines PM2.5, dioxyde d’azote et ozone), la densité de végétation et les facteurs de stress sociaux pouvaient eux-mêmes moduler les effets de la chaleur sur le poids de naissance. « Étudier ces liens entre chaleur et poids de naissance est particulièrement important dans le contexte actuel de dérèglement climatique, car les études montrent qu’un faible poids de naissance est un facteur de risque de complications, voire de mortalité chez le nouveau-né, mais également de survenue de pathologies tout au long de la vie comme le diabète ou l’hypertension », justifie Lucie Adélaïde, épidémiologiste à l’Inserm et co-première autrice de ces travaux.
Les chercheurs ont analysé les données de près de 21 000 participantes enceintes issus de quatre cohortes mères-enfants. Recrutées entre 2002 et 2017, elles ont été suivies tout au long de leur grossesse. Selon les résultats publiés le 24 février dans la revue Environmental Science & Technology, « l’exposition à la chaleur pendant les deux premiers trimestres de la grossesse apparaissait significativement associée à un poids de naissance réduit de -40 à -200 g. A contrario, l’exposition à la chaleur vers la fin de la grossesse (semaines 32 à 35) apparaissait, elle, associée à une augmentation d’environ 60 g du poids de naissance », explique l’Inserm. L’exposition à la chaleur semble donc bien jouer un rôle sur le poids de naissance des bébés.
Quid des autres facteurs pris en compte dans l’étude ? Les résultats suggèrent que les zones avec peu d’espaces verts et/ou soumises à un stress social accru influenceraient négativement les effets de la chaleur sur le poids de naissance des bébés. « C’est la première fois qu’une étude prend en compte le rôle de ces différents facteurs dans les effets de la chaleur sur le poids de naissance, souligne Maximilien Génard-Walton, chercheur post-doctorant à l’Inserm et co-premier auteur de la publication. Nos résultats soulignent l’importance de mettre en place des mesures ciblées pour protéger les femmes enceintes et l’enfant à naître dès le début de grossesse, notamment par la végétalisation des environnements de vie qui permettent de réduire l’exposition à la chaleur », conclut-il.

Source : Environmental Science & Technology, Inserm

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet