11 septembre : les enfants confrontés au choc des images

09 septembre 2011

Ils étaient des enfants en 2001. Mado-Line, Elodie et Killian sont des adolescents ou même de jeunes adultes aujourd’hui. A la veille de la commémoration des attentats qui le 11 septembre 2001, ont notamment frappé le World Trade Center de New York, ils racontent leur souvenir très personnel de cette expérience télévisuelle. L’occasion aussi d’évoquer avec Catherine Héry, psychologue clinicienne au CHU de Nantes, l’impact de ces images devenues historiques sur les enfants d’aujourd’hui.

Mado-Line avait 9 ans. A l’époque, les attentats lui sont apparus comme « la pire horreur au monde. Rien ne pouvait être plus grave, même les crimes les plus effrayants », raconte cette jeune femme de 19 ans, qui se souvient d’avoir rédigé un devoir à l’école, sur ce sujet. « Sans doute avait-elle ressenti cela de ses parents », suggère Catherine Héry. Car « la réaction de choc vécu par les adultes à l’époque, a pu être transmise aux plus jeunes », précise-t-elle.

Elodie, elle, se rappelle avoir dû rédiger un devoir… en anglais. Elle n’avait que 11 ans, et son souvenir reste étroitement lié à cet exercice scolaire. « Ces travaux écrits réalisés à l’école après les attentats, sont extrêmement importants pour exprimer la violence et l’atténuer un peu », explique notre spécialiste. Du haut de ses 14 ans, Killian n’a aucun souvenir de cette journée elle-même. Il n’avait que 4 ans. En revanche, il s’est « intéressé récemment à l’histoire de ces attentats en regardant un documentaire ». La preuve que cet événement majeur du début du siècle est entré dans l’Histoire.

Commémoration et parole pour les enfants d’aujourd’hui

Les cérémonies de commémoration, les documentaires, les émissions spéciales retransmettront les images traumatiques cent fois revues par les adultes. « Tout cela permettra aux gens de parler de ce qui s’est produit, de dire ou de redire ce qui leur a fait peur. Et la parole aide à se détacher du choc des images. Mettre des mots sur ces clichés terribles est un soulagement », explique Catherine Héry. C’est d’ailleurs pourquoi, pour les enfants d’aujourd’hui, regarder ces images même si elles restent impressionnantes, sera moins difficile. En effet, « nous avons dépassé le stade de la sidération de l’instant. Le moment où les images nous ont laissées sans voix, face à la violence ».

« S’il s’y intéresse, ne tentez pas de détourner votre enfant de cette commémoration, qui a pour effet de pacifier l’image violente. Il faut l’inclure, le laisser s’exprimer, donner son avis et poser des questions », insiste notre psychologue. Peut-être vous demandera-t-il de raconter votre propre expérience du 11 septembre. « C’est normal puisque les enfants sont très intéressés par l’histoire de leurs parents ». Et s’il est bon de répondre, « ne montrez pas trop votre angoisse pour autant. Nous devons protéger les petits de nos frayeurs intimes. Leur dire qu’on a eu très peur et leur expliquer simplement pourquoi suffit », ajoute-t-elle.

Et l’école dans tout cela ? « J’encourage toujours l’école à reprendre les informations pour les inscrire dans une histoire, dans un récit. Pour ne pas laisser l’enfant seul face à ses questions », estime Catherine Héry. Mais c’est déjà ce qu’avaient décidé de nombreux enseignants, au lendemain même du 11 septembre 2001.

  • Source : Interview de Catherine Héry, psychologue clinicienne au CHU de Nantes, septembre 2011

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