Tramadol : dangereux… s’il est mal utilisé

[02 février 2012 - 13h59] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h49]

Le tramadol est un dérivé morphinique. Utilisé dans la prise en charge de la douleur, il a été placé sous surveillance par l’AFSSaPS. Et pour cause, il peut entraîner un risque d’addiction chez certains patients. Ce médicament est-il vraiment dangereux ? Comment doit-il être utilisé? L’agence de presse Destination Santé a recueilli l’avis d’un pharmacologue et celui d’un algologue, c’est-à-dire d’un médecin spécialisé dans la prise en charge de la douleur.

« Bien administré, cet analgésique rend de nombreux services aux patients », précise le Dr Julien Nizard, responsable du Centre d’Evaluation et de Traitement de la Douleur au CHU de Nantes. Pourquoi parle-t-on autant de cette molécule ? Parce que depuis le retrait du marché du Di-Antalvic en mars 2011, elle a le plus souvent remplacé ce dernier au second palier de l’échelle de l’OMS pour les traitements de la douleur.

Une échelle rappelons-le, qui comporte trois niveaux. « Le tramadol ne fait pas partie des médicaments essentiels de l’OMS », précise le Pr Jean-Paul Giroud, professeur de pharmacologie clinique et membre de l’Académie nationale de Médecine.

Le tramadol est aujourd’hui l’objet de toutes les attentions, car il exposerait au risque d’addiction. Cette caractéristique ne lui est certes pas exclusive. « Tous les médicaments comportent des risques d’effets secondaires. Et comme la morphine, cet antalgique peut s’il est mal utilisé, entraîner une dépendance. Le danger en réalité, vient du mésusage » qui peut être fait de ce médicament, insiste le Dr Nizard. Le mésusage en langage « ordinaire », c’est tout simplement la mauvaise utilisation.

Pour Pr Giroud, les praticiens ne devraient « prescrire cette molécule qu’en seconde intention. La balance bénéfice/risque étant inférieure a celle de la codéine En d’autres termes, son utilisation devrait toujours être décidée après l’échec d’une association codéine/paracétamol ». En effet, outre les effets secondaires communs à tous les dérivés morphiniques – constipation, euphorie, nausées, addiction… – le tramadol présente un risque supplémentaire : celui de voir apparaître un « syndrome sérotoninergique. Le patient présente alors des tremblements, une rigidité musculaire, une hyperthermie et parfois une confusion voire un coma », détaille le Pr Giroud. « De plus, l’interraction avec certains antidépresseurs peut augmenter encore ce risque », ajoute-t-il.

Peu de molécules contre la douleur

De l’avis de nos deux spécialistes, le retrait du marché du tramadol serait en tout cas une mauvaise nouvelle. « Avec la codéine et le nefopam, le tramadol est la seule molécule à notre disposition pour prendre en charge les douleurs qualifiées de moyennes à intenses », souligne le Dr Nizard. Prescrits « avec tact et mesure », comme le rappelle Julien Nizard, codéine et tramadol présentent l’une et l’autre un réel intérêt thérapeutique.

Puisqu’elles ne sont disponibles que sur ordonnance, doit-on considérer que leur mésusage serait uniquement le fait des prescripteurs ? Jean-Paul Giroud, lui-même professeur de pharmacologie, déplore que les médecins français soient « les moins formés d’Europe dans ce domaine ». Ce qui interdit de facto de leur jeter la pierre, mais appelle à un plan de développement dans ce domaine. Car pour prescrire un analgésique à bon escient, il faut évidemment être formé.

Certes, le premier Plan douleur a été lancé en 1998 à l’initiative de Bernard Kouchner, et a été suivi de deux autres plans en 2002 et 2006. Pourtant, force est de constater que la douleur n’est vraiment reconnue comme une réalité clinique en France, que depuis… le XXIe siècle. S’agissant de sa prise en charge, « le module spécifique à la formation initiale en 5e année de médecine, n’a été mis en place qu’en 2002 et la spécialité douleur et médecine palliative en 2008 », note en effet le Dr Nizard. « Toutefois même si les choses s’améliorent, trop de praticiens prescrivent encore des médicaments à leurs patients parce que c’est plus facile et moins long », se désole-t-il. Résultat : un mauvais usage et une surconsommation d’antalgiques, ainsi que des effets secondaires plus nombreux.

Pour aller plus loin, consultez l’échelle de l’OMS en 1986.

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