VIH/SIDA: La répression des toxicomanies… favorise l’épidémie

[28 juillet 2010 - 10h08] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h39]

L’Europe de l’Est et l’Asie sont actuellement les deux régions du monde où les taux de nouvelles infections à VIH sont les plus élevés. Les usagers de drogues injectables y représentent en outre, la principale population touchée. Un rapport de l`International AIDS Society (IAS) publié à l’occasion de la XVIIIe Conférence internationale sur le VIH/SIDA à Vienne (Autriche) émet des recommandations nouvelles pour contrôler l’expansion de l’épidémie dans cette population. Pour bien montrer s’il en était besoin, l’importance de cette question est importante, le Lancet consacre ce mois de juillet une édition qui lui est spécialement consacrée !

Seek, test, treat and retain”. Autrement dit: « rechercher, dépister, traiter et fidéliser » les candidats au dépistage et les patients. C’est la stratégie que le rapport de l’IAS recommande de mettre en œuvre à l’intention des usagers de drogues injectables. Quatre étapes pour promouvoir le dépistage de ces populations à risque, particulièrement difficiles à atteindre. Objectif : les intégrer à un protocole de traitement et, surtout, favoriser leur suivi à long terme.

Ce n’est pas toujours facile lorsqu’il s’agit de toxicomanes, souvent discriminés voire persécutés par leurs concitoyens et la justice. La politique de lutte anti-drogue par exemple, est particulièrement sévère en Russie. Elle y a entraîné selon l’IAS, « une augmentation du nombre d’usagers de drogues injectables emprisonnés, et exclus socialement. Mais aussi une augmentation du nombre de décès par overdose ou infection par le VIH et/ou la tuberculose ». Les chiffres il est vrai, sont effrayants, puisque « 65% des infections par le VIH (seraient) liées à l’utilisation des de drogues injectables ».

Quant au nombre des personnes infectées par le VIH, il serait passé de 100 000 à un million en une décennie. Il est vrai que dans ce pays la méthadone est illégale, tout comme la buprénorphine à haut dosage, Subutex® ou ses génériques.

« En Ukraine, 9% des usagers de drogues injectables ont accès aux traitements de substitution, au lieu de 80% en France », indique Marie Jauffret-Roustide de l’Institut de veille sanitaire (InVS). Et cela, alors même que l’utilisation d’opioïdes de substitution comme la méthadone, et la mise en place de programmes d’échange de seringues ont prouvé leur efficacité dans de nombreux pays. Dans les prisons notamment, lieux à haut risque de transmission du virus, ces méthodes ont fait leurs preuves. « L’Espagne a réussi à baisser de 15% à 7% le taux de prévalence du VIH dans les prisons madrilènes entre 1998 et aujourd’hui », indique Manfred Novak, membre de la commission des droits de l’homme des Nations Unies.

Ces méthodes sont au centre des recommandations formulées par le rapport de l’IAS. Julio Montaner, co-président de la Conférence de Vienne, estime pour sa part qu’il est « inacceptable de criminaliser et de stigmatiser un groupe de personnes comme les usagers de drogues par voie injectable, par exemple ». Dès l’ouverture de la Conférence d’ailleurs, il avait appelé ses participants à signer la Déclaration de Vienne. Laquelle vise à obtenir que la prévention remplace la répression en matière de lutte contre les toxicomanies, sans pour autant favoriser la propagation du virus. L’initiative a été un succès majeur, puisqu’à la clôture de la Conférence cette convention avait recueilli plus de 12 500 signatures…

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter ici le Rapport de l’International AIDS Society.

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