Antibiorésistances : NDM-1 va-t-il coloniser les hôpitaux français ?

17 novembre 2010

Le gène d’antibiorésistance NDM-1 qui a fait grand bruit l’été dernier, suscite l’inquiétude grandissante des scientifiques. Non seulement il continue de se propager, mais il ne se limiterait plus aux patients ayant subi une intervention chirurgicale dans certains pays d’Asie. Une femme ayant séjourné en Inde – sans y avoir été hospitalisée – fait ainsi partie des 4 cas positifs à NDM-1, recensés à ce jour en France.

Depuis son Unité de Recherche INSERM « Résistances Emergentes aux antibiotiques de l’hôpital de Bicêtre (94), le Pr Patrice Nordmann ne quitte plus NDM-1 des yeux. « Nous sommes confrontés à une épidémie évolutive et qui va s’étendre largement », prévient-il.

Plus de 50 cas en Grande-Bretagne, 4 en France, 2 en Belgique, 3 en Allemagne, 1 aux Pays-Bas, 1 autre en Autriche… de nombreux pays européens sont désormais concernés. Ailleurs ? « Nous en avons également retrouvé 6 au Kenya, 1 à Singapour, 1 à Hong-Kong, 3 en Australie et bien sûr des dizaines en Inde, au Pakistan et au Bangladesh où se situe vraisemblablement son réservoir ». En Asie et notamment en Chine d’où le Pr Nordmann revient tout juste, « tout le monde en parle. L’affaire est prise très au sérieux ».

Un cas français qui pose question

En France le soufflé semble retombé. Sans doute pas pour longtemps. Parmi les 4 cas recensés dans le pays, Patrice Nordmann cite celui d’une femme positive à NDM-1 ayant bien séjourné en Inde – à Darjeeling, précisément – mais sans y avoir été opérée. Souffrant d’un cancer du sein, cette patiente de 60 ans a été dépistée lors de son admission dans un hôpital français.

Le Pr Nordmann ignore bien sûr, la façon dont elle a été contaminée. « Par l’alimentation ? Par l’environnement ? Impossible de le déterminer ». De là à émettre des recommandations aux touristes qui prévoient de séjourner en Inde, au Pakistan ou au Bangladesh, il y a un pas qu’il ne franchit pas.

« Ce qui est sûr, c’est que nous allons avoir des épidémies avec ce type de bactéries multirésistantes en France », poursuit-il. « Nous ferons ce qui est en notre pouvoir pour l’endiguer mais de grâce, commençons par appliquer sérieusement les recommandations émises en septembre dernier ».

Destinées aux professionnels de santé et aux directions des hôpitaux, elles visent principalement le dépistage des bactéries hautement résistantes chez les patients ayant séjourné dans un hôpital étranger. Mais pour l’heure, la pratique de ce dépistage ne semble pas encore systématique…

  • Source : Interview du Pr Patrice Nordmann, 16 novembre 2010

Destination Santé
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