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Dans le cadre du programme national de dépistage du cancer colorectal, chaque personne âgée de 50 à 74 ans (n’ayant pas d’autre facteur de risque que l’âge) reçoit tous les deux ans un kit à domicile comprenant un test immunologique fécal (FIT) qui détecte le sang occulte dans les selles. Si ce test se révèle positif, une coloscopie doit être réalisée dans un délai de 31 jours. Or, selon une étude publiée par Santé publique France dans son dernier Bulletin épidémiologique hebdomadaire, trop peu de personnes réalisent une coloscopie dans les temps après un test positif. Certaines ne réalisent même jamais cet examen !
Les chercheurs du centre régional de coordination des dépistages des cancers Auvergne Rhône-Alpes ont exploré ce retard à la coloscopie à 1, 3 et 24 mois après un FIT positif. Ils ont analysé les données de 530 674 personnes résidant en France hexagonale ayant obtenu un résultat positif dans le cadre du dépistage organisé entre 2016 et 2020. Parmi elles, 4,7 % seulement ont réalisé une coloscopie dans le mois suivant ce résultat. La proportion atteignait 52,2 % après trois mois et 87 % au bout de 24 mois. « À 3 mois, un peu plus de la moitié des personnes avaient eu accès à la coloscopie et 13 % n’en avaient toujours pas bénéficié au terme des 24 mois », souligne-ils. En résumé, la coloscopie « est souvent effectuée plus tardivement et n’est parfois pas pratiquée. »
Des écarts territoriaux apparaissent pour la réalisation à trois mois : 26 % dans le Territoire de Belfort, contre 71 % dans le Morbihan. Par ailleurs, plus l’indice de désavantage social de la commune est élevé et plus le délai entre un FIT positif et la réalisation de la coloscopie est important. Un âge plus jeune était aussi un facteur de retard à la réalisation de la coloscopie.
Les femmes réalisaient plus souvent la coloscopie que les hommes, quel que soit le délai considéré (et encore plus dans le temps imparti de 1 mois).
Un profil se dégage parmi les personnes qui ne réalisent jamais de coloscopie après un FIT positif : âge plus élevé, sexe masculin, premier FIT réalisé, situation sociale défavorable et absence de transmission du résultat du FIT au médecin traitant.
Les personnes âgées de 60 à 69 ans semblent les plus susceptibles de réaliser rapidement une coloscopie après un FIT positif (à 1 et 3 mois), « ce qui pourrait refléter une meilleure sensibilisation, une autonomie fonctionnelle et une disponibilité suffisante pour engager rapidement le parcours de soins ». En revanche, les 70 – 75 ans présentent une probabilité plus faible de réaliser la coloscopie dans un délai de 24 mois, probablement en raison de freins multiples : comorbidités plus fréquentes et réticences des professionnels ou des patients à effectuer cet examen.
Le risque associé à la non-réalisation d’une coloscopie après un FIT positif est bien documenté : plusieurs études montrent un doublement du risque de décès par cancer colorectal.
Quant au délai de réalisation de la coloscopie, les recommandations européennes soulignent qu’une « procédure retardée peut ne pas être critique sur le plan biologique, mais peut provoquer une anxiété inutile pour la personne dépistée ».
D’après une étude publiée en 2017, la probabilité de diagnostiquer un carcinome à un stade avancé augmente nettement lorsque la coloscopie intervient plus de dix mois après un test positif, par comparaison avec un délai compris entre 8 et 30 jours. Plusieurs études situent cette hausse du risque à partir d’un délai de six mois.
Les auteurs font remarquer qu’« une analyse de cette même cohorte nationale des individus ayant réalisé une coloscopie à la suite d’un FIT positif entre 2016 et 2019 ne retrouve pas de surrisque de cancer colorectal, ni de cancer colorectal avancé, dans les 12 mois suivant la réalisation du test. »
Pour les auteurs, « cette étude révèle des proportions trop faibles et des délais trop longs pour la réalisation des coloscopies après un FIT positif, ainsi que des disparités selon les caractéristiques démographiques, sociales et géographiques ».
Faut-il revoir le délai de 31 jours ? Les chercheurs l’évoquent dans ce dernier BEH, en raison des contraintes organisationnelles (consultation d’anesthésie préalable, préparation colique, disponibilité limitée des créneaux de coloscopie) et d’une offre de soins inégale sur le territoire. Ils proposent un délai recommandé de 3 à 6 mois, qu’ils jugent plus réaliste.

Source : Recours à la coloscopie après un test de dépistage positif : analyse des délais et des facteurs associés à la non-réalisation, en France hexagonale entre 2016 et 2020- Bulletin épidémiologique hebdomadaire, Santé publique France 10 mars 2026, n°7 ; European guidelines for quality assurance in colorectal cancer screening and diagnosis. First Edition – Quality assurance in endoscopy in colorectal cancer screening and diagnosis Endoscopy 2012; 44(S 03): SE88-SE105 ; BEH Santé publique France : Indicateurs de performance du programme national de dépistage organisé du cancer colorectal. Période 2020-2021. 19 juillet 2024

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet