Cancer du sein : bientôt un protocole allégé de radiothérapie pour les patientes ?

10 mars 2026

Actuellement, pour les cancers du sein nécessitant une irradiation des ganglions, le traitement repose sur 25 séances de radiothérapie sur 5 semaines. Selon une étude française, 15 séances de 3 semaines, avec des doses journalières un peu plus élevées, suffiraient. Soit un traitement réduit de 40 % pour les femmes.

Chaque année en France, 60 000 nouveaux cas de cancers du sein sont diagnostiqués, dont un tiers au stage locorégional. Cela signifie que la maladie a pu s’étendre aux ganglions situés à proximité du sein. Pour ces patientes, le traitement standard reposait jusqu’à présent sur une chirurgie suivie de 25 séances de radiothérapie réparties sur 5 semaines. Une étude française, promue par Unicancer et coordonnée par la Dr Sofia Rivera, onco-radiothérapeute et membre du laboratoire Radiothérapie Moléculaire et Innovation Thérapeutique (Inserm/Gustave Roussy/Univ. Paris-Saclay), devrait bouleverser ces standards thérapeutiques.

Un suivi sur 5 ans

Publié dans la revue The Lancet le 7 mars, ce travail montre que 15 séances de radiothérapie hypofractionnée (moins de séances mais des doses plus élevées) réparties sur trois semaines n’est pas moins sûr ou moins efficace que le parcours standard actuel de 25 séances sur cinq semaines pour traiter les cancers du sein nécessitant une irradiation des ganglions. Les auteurs ont notamment cherché à déterminer si concentrer plus de doses de rayonnements par séance n’exposait pas les femmes à un risque plus important de développer un lymphœdème, un effet secondaire de la radiothérapie et de la chirurgie qui entraîne un gonflement du bras.

Si certains pays comme le Royaume-Uni avaient déjà commencé à réduire les traitements, cette étude prouve l’efficacité de ce nouveau protocole avec un recul de cinq ans. La sécurité a aussi été confirmée, même lorsqu’il était nécessaire d’irradier les zones les plus complexes comme les ganglions de la chaîne mammaire interne situés plus profondément dans le thorax.

L’étude de phase 3 HypoG-01 a été menée dans 25 hôpitaux français. Elle a comparé chez des femmes présentant un cancer étendu aux ganglions la sûreté du parcours standard de traitement à 15 séances de radiothérapie sur trois semaines par rapport au protocole standard. 1 265 patientes ont été incluses dans l’essai entre septembre 2016 et mars 2020, toutes atteintes d’un cancer du sein diagnostiqué au stade locorégional avec des critères d’inclusion assez larges.

Les effets secondaires graves à des niveaux similaires

Dispatchées en deux groupes, les premières ont bénéficié du traitement de radiothérapie hypofractionnée comprenant 15 séances sur trois semaines soit une dose totale de rayons de 40 grays (Gy), 2,67 Gy par séance. Dans le second groupe, les patientes ont reçu le traitement standard, soit une dose totale de 50 Gy et 2 Gy par séance.

Après un suivi de cinq ans, les résultats finaux viennent enfin d’être publiés. Ainsi, aucun surrisque n’a été identifié pour les patientes. « Le risque de développer un lymphœdème est quasiment identique : 22 % pour le parcours en cinq semaines, et 23 % pour le parcours en trois semaines. De même, les effets secondaires graves sont rares et similaires dans les deux branches de l’étude (2,6 %) », note le centre Gustave-Roussy dans un communiqué. Même constat pour l’efficacité du traitement : le traitement en trois semaines n’est pas moins performant pour prévenir le risque de récidive et assure les mêmes chances de guérison que le traitement standard.

Pour les patientes ces résultats changent la donne ! Ils plaident pour un allègement du parcours de soins, soit une diminution de la durée totale du traitement de 40 % ! Moins de fatigue, moins de contraintes organisationnelles, moins de charge mentale psychologique.

Le nouveau standard mondial

« L’étude HypoG-01 apporte enfin la preuve scientifique de haut niveau qui nous manquait à l’échelle internationale pour généraliser le traitement court aux formes de cancers du sein nécessitant une irradiation ganglionnaire. La publication de ces résultats finaux dans le Lancet est une reconnaissance qui consacre l’excellence de la recherche académique française et confirme que ce protocole doit désormais s’imposer comme le nouveau standard mondial. Pour les centres de lutte contre le cancer et l’ensemble de la communauté médicale, c’est un bouleversement thérapeutique et organisationnel. Nous démontrons qu’il est possible de traiter tout aussi bien, mais beaucoup plus vite, en réduisant de deux semaines le parcours des femmes sans aucun surrisque de complications. Au-delà de l’innovation technique, c’est une victoire pour la qualité de vie des patientes : nous rendons le traitement moins lourd, moins fatigant et plus accessible », commente la Dr Sofia Rivera, coordinatrice de l’étude.

  • Source : Communiqué de Presse de Gustave Roussy, Université Paris-Saclay, Unicancer

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet

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