Choléra : toutes les épidémies d’origine asiatique ?

[09 novembre 2017 - 20h20] [mis à jour le 09 novembre 2017 à 17h15]

Le choléra est à l’origine de nombreuses épidémies dans le monde depuis des siècles. Afin d’en savoir davantage sur leur déclenchement et le parcours de la bactérie, une équipe franco-britannique a effectué l’analyse génomique de plus de 1 200 souches. Le résultat révèle le schéma par lequel le choléra se répand mondialement. Un outil non négligeable dans la lutte contre les pandémies.

Le choléra est une infection intestinale aiguë due à la bactérie Vibrio cholerae. Encore à l’origine d’épidémies majeures comme celles d’Haïti en 2010 et du Yémen actuellement, « il affectait au total 38 pays dans le monde en 2016 et coûte toujours la vie à près de 100 000 personnes par an », notent les chercheurs de l’Institut Pasteur.

Pour mieux connaître le parcours de la bactérie et sa façon de se déplacer entre les continents, des scientifiques de l’Institut Pasteur associés à leurs collègues du Wellcome Trust Sanger Institute ont mené deux études. Chacune retraçant une partie de l’histoire des épidémies de choléra ayant touché l’Afrique, l’Amérique latine et les Caraïbes ces 60 dernières années.

Multiples introductions en Afrique

Pour ce faire, ils ont réalisé l’analyse génomique de plus de 1 200 souches de Vibrio cholerae. Premier constat, « les différentes épidémies de choléra ayant touché les continents africain et américain au cours de la pandémie actuelle (la 7e) ayant démarré en 1961 » ont un lien : leur origine asiatique. En effet, les chercheurs ont constaté que « l’agent du choléra a été introduit au moins 11 fois en Afrique en 44 ans, toujours à partir de l’Asie et que l’être humain était le principal disséminateur de la maladie sur le continent Africain ». Une fois introduites sur le continent « les épidémies se sont propagées suivant des routes préférentielles vers des zones de persistance comme le bassin du lac Tchad ou la région des Grands-Lacs ».

Les régions d’Afrique les plus sensibles à l’introduction du choléra devront donc être « ciblées plus spécifiquement de façon à enrayer les vagues de choléra avant qu’elles ne balaient le reste du continent », expliquent les auteurs.

L’antiobiorésistance, d’origine asiatique

Autre révélation, « la dernière pandémie de choléra est d’origine asiatique, et la majorité des souches résistantes aux antibiotiques provient de ce continent », poursuivent les chercheurs. En effet, « la multirésistance des bactéries apparue au cours du temps était, dans la grande majorité des cas, acquise en Asie du Sud avant l’introduction de la bactérie en Afrique ».

Ces découvertes vont permettre « d’anticiper le risque d’apparition de nouvelles épidémies, et d’adapter les stratégies de lutte », concluent les auteurs.

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