Justice : quand la parole est à l’ADN

03 juin 2011

Dans l’affaire Dominique Strauss-Kahn (DSK) comme dans bien d’autres cas relevant de la justice, la recherche d’empreintes génétiques est d’une importance primordiale. Développée à la fin des années 1980, cette technique permet d’identifier un individu parmi tous les autres. Toutefois, ses résultats dépendent étroitement de la qualité de conservation du prélèvement. Explications de Marie-Hélène Cherpin, directrice générale du Laboratoire d’Empreintes Génétiques (LEG) du groupe Biomnis, basé à Lyon.

Dans le cas d’un viol ou d’une tentative de viol par exemple, les enquêteurs vont rechercher des liquides ou des sécrétions biologiques sur la scène du crime. Pour ce faire, ils peuvent « saisir l’objet s’il s’agit d’un vêtement, le découper pour une moquette ou encore, le frotter ou le tamponner si les cellules se trouvent sur une porte ou un tableau ». Il suffit de 300 à 400 cellules pour établir un profil génétique. « Si je vous serre la main, je laisserai une dizaine de cellules sur votre peau. Un mégot de cigarette quant à lui, en porte plusieurs milliers ».

Les biologistes déterminent ensuite la nature du liquide biologique prélevé. « Nous possédons des réactions colorées qui nous permettent de savoir s’il s’agit de salive, de sperme ou de sang. Pour les autres liquides biologiques, on ne sait pas », précise Marie-Hélène Cherpin. A partir des cellules ainsi prélevées, « nous pouvons effectuer l’analyse génétique ».

Pour obtenir le profil génétique correspondant aux cellules prélevées sur les lieux, « nous cassons les cellules pour en extraire l’Acide désoxyribonucléique (ADN). Ensuite nous le révélons, comme un photographe révèlerait son négatif », raconte Marie-Hélène Cherpin. Résultat : un profil génétique, pur ou mélangé. En effet, les ADN sont souvent mêlés lorsqu’il s’agit d’un viol ou d’une agression. « Dans ce cas, l’analyse est plus difficile. Sauf si nous possédons un ADN de comparaison, celui de l’agresseur présumé ou de la victime. Il nous suffit alors de faire une sorte de soustraction pour obtenir le profil restant », précise-t-elle.

« L’ADN ne dit pas tout, et notamment rien des circonstances »

Si la technique d’analyse des profils génétiques est aujourd’hui très fiable, « elle doit être mise en œuvre correctement pour être efficace », rappelle Marie-Hélène Cherpin. C’est pourquoi toutes les sociétés habilitées à réaliser ces analyses pour les enquêteurs – comme Biomnis – le sont sous le contrôle du ministère de la Justice et de l’Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé (AFSSaPS). En outre, « l’ADN ne dit rien des circonstances » dans lesquelles s’est déroulé le crime présumé, insiste-t-elle.

Bien conservé, ce dernier peut révéler l’identité de son propriétaire « 20, 30 voire 40 ans après les faits. Le plus ancien prélèvement réalisé par Biomnis l’a été sur des restes humains datant de 1953. Il s’agissait d’un corps ‘relargué’ par un glacier des Alpes. L’ADN était intact ».

  • Source : Interview de Marie-Hélène Cherpin, directrice générale du Laboratoire d’Empreintes Génétiques (LEG) du groupe Biomnis

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