Accueil » Santé Publique » La santé des migrants toujours plus précaire

« Il n’existe pas de vision d’ensemble de la santé de ces populations », prévient Myriam Khlat, directrice de recherches à l’Institut national d’Etudes démographiques (INED). Dans un éditorial et pour expliquer cet état de fait, elle insiste sur « les entraves idéologiques » et « les biais » qui prévalent en la matière. Et tout particulièrement la sous-estimation de la mortalité, du fait que certains migrants gravement malades retournent dans leur pays d’origine.
Les rédacteurs toutefois, sont parvenus à compiler de grandes quantités de données, offrant ainsi une vision limitée mais néanmoins évocatrice, de leur situation. Dans l’ensemble en fait, celle-ci se serait aggravée. Qualifié de « meilleur que celui des ‘non-immigrés’ dans les années 80 et 90, l’état de santé des immigrés à leur arrivée dans le pays semble devenir moins bon dans les années 2000 », indique Myriam Khlat. Il semble que la bonne santé des migrants à leur arrivée, il y a 20 ou 30 ans, se soit altérée sous les effets conjugués « de l’adoption d’habitudes de vie moins favorables pour la santé, comme le tabac ou l’alcool (et de) la pénibilité des emplois », précise-t-elle.
Difficile accès aux soins
Aujourd’hui, la santé des immigrés semble nettement moins bonne que celle du reste de la population. Le risque de diabète semble supérieur pour les femmes originaires d’un pays du Maghreb, et le dépistage du cancer du col de l’utérus est insuffisant chez les jeunes étrangères. De plus, « en 2009, la moitié des découvertes de séropositivité à VIH et des cas de tuberculose concernaient les migrants », notent les auteurs.
Quant à la mortalité maternelle, elle s’élève à 12,5 pour 100 000 naissances vivantes parmi les étrangères, contre 7,9 pour les Françaises. « Cette situation est aggravée par les difficultés de l’accès aux soins. Au premier rang desquelles figurent les barrières administratives et juridiques. Sans compter les problèmes de discrimination des migrants et les problèmes de communication linguistique et culturelle », rappelle Myriam Khlat. Elle suggère ainsi la poursuite des recherches dans ce domaine. « Leurs avancées pourront alimenter très utilement la réflexion sur les politiques publiques et les programmes spécifiques en direction des migrants », conclut-elle.

Source : BEH, 17 janvier 2012
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