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Les données scientifiques existantes établissent un lien entre les expériences difficiles vécues lorsqu’on est enfant et une réactivité émotionnelle accrue plus tard, à l’âge adulte. Une étude menée par l’Université Heriot-Watt (Édimbourg, Écosse) révèle que les expériences émotionnelles négatives vécues durant l’enfance ne se traduisent pas seulement par une réaction plus négative aux événements difficiles, mais influencent également la manière dont les individus réagissent aux moments positifs.
Ces travaux, publiés dans la revue scientifique Emotion de l’Association américaine de psychologie, soulignent l’impact global des « adversités » (abus physiques ou émotionnels) précoces sur les émotions à l’âge adulte.
C’est le Dr Sophie Potter, de la School of Social Sciences de l’Université Heriot-Watt, en collaboration avec des chercheurs de l’Université de Leicester et du Max Planck Institute for Human Development à Berlin, qui a étudié les effets des évènements difficiles (adversités, selon le terme employé par les chercheurs) infantiles sur la réactivité émotionnelle face aux événements du quotidien, qu’ils soient positifs ou négatifs.
« La plupart des recherches se concentrent sur la façon dont les personnes ayant vécu une enfance difficile réagissent plus intensément aux événements négatifs, comme le stress ou les problèmes, explique le Dr Potter. Mais peu d’études ont examiné l’impact des adversités infantiles sur la capacité à ressentir de la joie ou du bonheur face à des événements positifs, comme rire avec des amis ou recevoir un compliment au travail. »
Les données proviennent de la National Study of Daily Experiences (NSDE-II). L’échantillon comprend 1 994 adultes d’âge moyen et avancé (âge moyen : 58,61 ans, allant de 35 à 86 ans ; 57 % de femmes), qui ont rapporté leurs événements quotidiens et leur état émotionnel chaque soir pendant huit jours consécutifs. D’après les résultats obtenus, les personnes ayant subi des abus physiques ou émotionnels dans l’enfance réagissent plus fortement aux difficultés quotidiennes : elles ressentent non seulement plus intensément les événements négatifs, mais éprouvent aussi moins de plaisir lors des expériences positives. Paradoxalement, les événements agréables semblent parfois déclencher des réactions négatives.
D’après le Dr Potter, 30 % des adultes dans les pays occidentaux ont connu ce type d’adversités durant leur enfance. La recherche s’est pourtant souvent focalisée sur des populations souffrant de troubles cliniques, comme la dépression ou l’anxiété. Or, « des milliers de personnes au Royaume-Uni et ailleurs ne souffrent pas de troubles psychiatriques majeurs, mais les épreuves vécues dans l’enfance peuvent tout de même avoir un effet subtil sur leur quotidien », précise-t-elle. Comprendre que ces expériences influencent la perception des événements heureux et malheureux pourrait aider les individus à mieux réguler leurs émotions et à s’adapter.
Pour aller plus loin, le Dr Potter envisage d’étendre cette recherche à un échantillon plus large et plus diversifié. Elle s’interroge notamment sur l’éventuelle atténuation des effets des adversités infantiles avec l’âge, en raison d’une résilience ou d’une prise de conscience progressive.
Source : Potter, S., Bridger, E., Piotrowska, P. J., & Drewelies, J. (2025). Emotional reactivity to daily positive and negative events in adulthood: The role of adverse childhood experiences. Emotion. Advance online publication. https://doi.org/10.1037/emo0001512
Ecrit par : Hélène Joubert - Édité par Emmanuel Ducreuzet