Obésité, une faim sans fin

[25 octobre 2013 - 12h21] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h58]

Coupe de l’estomac de rat qui montre des cellules productrices de ghréline (en rouge) et des cellules immunitaires (en vert). © Inserm / S. Fetissov

En France, 15% des adultes souffrent d’obésité. Problème, malgré leurs efforts, beaucoup continuent à avoir une prise alimentaire trop importante. Comment expliquer que certains patients ne parviennent pas à réguler cette dernière ? Des chercheurs de l’INSERM pointent du doigt le rôle joué par certains anticorps sur l’hormone de la faim, la ghréline. Leurs conclusions sont parues dans la revue Nature Communications.

La régulation de la prise alimentaire est coordonnée au niveau de l’hypothalamus. Après un repas  copieux, un sujet « sain » aura « tendance à réduire son alimentation pendant quelque temps », expliquent les scientifiques. Chez beaucoup de personnes obèses, ce phénomène de régulation est absent. Leurs prises alimentaires demeurent importantes. Ce que les scientifiques nomment « l’hyperphagie ». Et le phénomène est d’autant plus curieux que leur taux de ghréline – l’hormone qui stimule l’appétit – est normal. Voire bas.

Des chercheurs de l’unité mixte de recherche 1073 « Nutrition, inflammation et dysfonction de l’axe intestin-cerveau » (Inserm/Université de Rouen) ont donc tenté de percer le mystère de cette « hyperphagie paradoxale » avec d’un côté une  ingestion importante d’aliments et de l’autre, un taux de grhéline bas.

Chez les patients souffrant d’obésité, les chercheurs ont ainsi relevé la présence d’anticorps  – des immunoglobulines – qui se lient à la ghréline et la protègent en quelque sorte. A tel point que l’hormone se dégrade moins rapidement. Par conséquent, elle peut alors jouer son rôle plus longtemps et continuer à stimuler l’appétit.

Traiter l’obésité et… l’anorexie ?

« Notre découverte ouvre une nouvelle piste pour concevoir des traitements agissant au cœur de ce mécanisme pour réduire l’hyperphagie observée dans le cas de l’obésité » souligne Pierre Déchelotte, directeur de l’Unité mixte Inserm/Université de Rouen. «  Mais ils pourraient également être utilisés pour l’étude du phénomène inverse, la perte d’appétit, observée par exemple dans le cas de situations d’anorexie. »

Ecrit par : Vincent Roche – Edité par : David Picot

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