Dans un récent travail d’envergure, un cardiologue et épidémiologiste américain a décrit comment les différentes découvertes en matière de nutrition ont façonné les recommandations alimentaires officielles contemporaines. Dans son long exposé, il appelle surtout à ne plus conserver la vision « réductrice » des décennies précédentes. Cela mérite bien une petite explication.

« Bien que l’alimentation et la nutrition aient été étudiées pendant des siècles, la science de la nutrition moderne est étonnamment jeune », explique Dariush Mozaffarian, cardiologue et épidémiologiste à l’Université Tufts dans le Massachussetts (Etats-Unis). « La première vitamine a été isolée et définie chimiquement en 1926, marquant le début d’un demi-siècle où bon nombre de pathologies ont été associées à une carence en un seul nutriment. »

Ainsi, au milieu du XXe siècle, les principales vitamines avaient été synthétisées. Ce qui a permis de déboucher sur des stratégies alimentaires visant à lutter contre diverses pathologies liées à une déficience comme le béribéri (carence en vitamine B1), le scorbut (vitamine C), l’anémie pernicieuse (vitamine B12), le rachitisme (vitamine D).

Au cours des 30 années qui ont suivi, la malnutrition et les carences inhérentes se sont raréfiées dans les pays riches. Mais l’émergence de maladies non transmissibles liées à l’alimentation a ouvert la voie à de nouvelles orientations de recherche. « L’attention s’est alors portée sur deux domaines: les graisses alimentaires et le sucre », détaille Dariush Mozaffarian. Nous sommes dans les années 70 et 80. Les matières grasses (dans leur généralité) sont largement assimilées à l’obésité et aux maladies cardiovasculaires. Les glucides eux, sont pointés du doigt dans la survenue de maladies coronariennes, de l’hypertriglycéridémie ou de certains cancers.

« En conséquence, les recommandations diététiques des années 80 sont restées axées, sans aucune distinction, sur ces nutriments ». Comme au milieu du XXe siècle où une carence était associée à une maladie. « Ainsi (était-il conseillé) d’éviter de consommer trop de matières grasses, de graisses saturées, de sucre et de sel». Une vision qui commence à être remise en question.

Revoir les directives nutritionnelles

Pour l’épidémiologiste, il faut voir un tournant dans les années 2000. « De nombreuses contradictions scientifiques voient le jour en matière de nutrition. Après des décennies consacrées à des mesures simples et réductrices en ce qui concerne notamment les graisses alimentaires ou la densité énergétique, la complexité de différents aliments crée de véritables défis pour la compréhension des influences sur la santé et le bien-être. »

Selon Dariush Mozaffarian, de nombreuses découvertes viennent en tout cas remettre en question les recommandations. Toutes celles liées au microbiote intestinal par exemple! Ou encore dans le fait que, concernant l’obésité, non, toutes les calories ne se valent pas. Autre exemple, l’intérêt des fromages – pourtant sources d’acides gras saturés – dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Alors, les visions simplistes de la nutrition en matière de maladies non transmissibles auraient-elles fait leur temps ?

Il convient ainsi de prendre un aliment dans sa globalité et non pas en raison de sa richesse en un seul nutriment. « La reconnaissance de cette complexité est une leçon essentielle du passé », conclut-il. « Les politiques devraient passer de stratégies réductrices simplistes – bannir le gras, le sucré, le salé – à des approches multifacettes. »

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