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Psychothérapeute britannique, auteur de The Psychodynamics of Social Networking (La psychodynamique des réseaux sociaux, en français), le Dr Aaron Balick s’est spécialisé dans la « psychologie des technologies », en particulier l’intelligence artificielle.
Pour nous expliquer comment il est possible qu’un être humain tombe amoureux d’une IA, il nous ramène d’abord dans notre enfance et à nos… ours en peluche ! Ce que les psychologues appellent des objets transitionnels. « Ils permettent aux enfants de se réconforter lorsque le parent n’est pas présent », nous décrit-il. « Même si les enfants ne ressentent ni amour ni attachement en retour, les sentiments qu’ils éprouvent pour ces objets sont bien réels ».
Selon lui, à l’âge adulte, nous continuons à fonctionner ainsi, « dans une certaine mesure », précise-t-il. « Par exemple en éprouvant des sentiments pour des célébrités ou même des personnages fictifs (par exemple issus de séries télévisées) que nous n’avons jamais rencontrés. Il s’agit de relations dites parasociales ». Et l’IA dans tout cela ? « Elle fait semblant de nous rendre nos sentiments alors qu’elle n’a pas de sentiments propres », rétorque-t-il. « Même si nous savons qu’intellectuellement, l’IA n’éprouve rien, notre esprit peut passer outre, car il est dans la nature humaine de s’attacher ». Et de revenir à notre ours en peluche : « lui ne nous dit pas qu’il nous aime en retour. Une IA peut le faire, et parfois le fera… »
La question reste de savoir s’il existe ou non des profils particulièrement exposés, vulnérables. Aaron Balick cite le cas « des personnes seules, qui ont des difficultés à créer et maintenir des amitiés ». Et des profils « anxieux ou dépressifs, en quête de réassurance et de consolation »… Qu’ils vont donc trouver auprès d’un agent conversationnel IA !
A ses yeux, il existerait également « un effet de dose ». Autrement dit, « plus vous passez de temps à converser avec une IA comme avec un compagnon, plus vous êtes susceptible de développer des sentiments pour elle, quel que soit votre parcours ». Et pour cause, « la complaisance est intégrée dans la plupart des IA, ce qui signifie qu’elles flattent notre besoin ».
« Pour nous tous, la complexité des relations humaines est difficile, mais elle est absolument nécessaire à une bonne santé mentale », poursuit-il. « Plus nous entretenons des relations avec des ‘objets’ – et donc des intelligences artificielles, n.d.l.r. – moins nous sommes capables de développer et d’utiliser ces compétences avec de vraies personnes dans le monde réel ».
Dans pareille situation, le plus difficile reste de véritablement prendre conscience de cette relation toxique, susceptible de supplanter nos relations de la vraie vie. Pour le Dr Balick, « choisir de mettre fin à une relation avec une IA nous fera probablement traverser un processus de deuil » ! Un deuil à affronter, en se faisant accompagner par un spécialiste (psychologue…). Et Aaron Balick de conclure sans surprise sur le fait de revenir : « à des relations plus riches avec de vraies personnes pour remplacer celles entretenues avec l’IA ».

Source : Interview du Dr Aaron Balick, le 15 mai 2026

Ecrit par : David Picot - Edité par Emmanuel Ducreuzet