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En France, près de 4 millions de personnes présentent un asthme, dont 5 à 10 % une forme sévère. Les biothérapies ont démontré leur efficacité dans la prise en charge de ces formes sévères, comme le précisent les premières recommandations françaises sur l’asthme sévère de l’adulte de la Société de pneumologie de langue française (SPLF), élaborées avec la Société française d’allergologie (SFA). Les biothérapies ont en effet démontré leur efficacité, avec une réduction de la fréquence des exacerbations (crises) et du recours aux corticoïdes par voie orale, ainsi qu’une amélioration du contrôle des symptômes, et même une rémission clinique dans 30 % des cas.
Une biothérapie dans l’asthme est un traitement injectable qui cible directement certains mécanismes précis de l’inflammation responsable des symptômes. Elle ne traite pas l’ensemble de l’inflammation comme les corticoïdes inhalés, mais bloque des acteurs spécifiques de l’immunité impliqués dans les crises et l’obstruction bronchique.
Les spécialistes recommandent de proposer une biothérapie uniquement aux personnes ayant un asthme sévère, lorsqu’elles ont eu au moins deux crises importantes au cours de l’année précédente. Lorsque le taux de certains globules blancs (les éosinophiles) est très élevé (> 1 500/µL), certaines biothérapies sont même privilégiées en première intention : mépolizumab, benralizumab ou tezepelumab. Mais une nouvelle étude française montre qu’elles sont trop peu utilisées : seul un patient éligible sur trois reçoit ce type de traitement.
Pour arriver à ce constat, les chercheurs se sont appuyés sur le projet ASMAP, basé sur une grande base de données issue de pharmacies de ville (environ 9 200 officines, soit 47 % des pharmacies, couvrant près de 47 millions de patients). Les données analysées concernent l’année 2024 (du 1er janvier au 31 décembre), avec un recul de neuf ans.
Une biothérapie est proposée lorsque l’asthme reste mal contrôlé malgré un traitement habituel bien suivi et adapté. Concrètement, cela correspond à des personnes ayant eu au moins deux traitements par corticoïdes pris par voie orale ou injectable dans l’année pour gérer des crises importantes, et/ou qui utilisent très souvent un inhalateur de secours (au moins trois flacons par an).
Ainsi, en 2024, 3 770 977 personnes âgées de 6 ans et plus ont été identifiées comme asthmatiques en France (soit 5 697 pour 100 000 habitants). Parmi elles, 7,9 % présentaient une forme sévère, des adultes en majorité. Sur ce groupe, 43,9 % remplissaient les critères d’une biothérapie. Pourtant, seul un tiers d’entre eux a effectivement reçu ce traitement.
Pourquoi sont-ils si peu nombreux à recevoir ce traitement pourtant indiqué et validé ? Cette étude apporte des réponses. Tout d’abord, il existe un retard à une prise en charge optimale : le délai médian entre la mise en place d’un traitement inhalé à forte dose par un pneumologue et le début d’une biothérapie est d’environ 20 mois.
Ensuite, près de 71 % des patients ayant un asthme sévère et ne recevant pas de biothérapie étaient suivis uniquement par un médecin généraliste en 2024. Or ces patients relèvent du spécialiste, en l’occurrence des pneumologues spécialisés dans l’asthme sévère. De plus, leur dossier doit impérativement être discuté en « réunions de concertation Asthme » (RCT).
Les résultats confirment par ailleurs que les patients traités par biothérapie utilisent moins de corticoïdes par voie orale que ceux qui n’en reçoivent pas (3,1 % contre 9,1 %), ce qui traduit un meilleur contrôle de la maladie.
Selon le Pr Pascal Chanez, chef du service de pneumologie à l’Hôpital Nord de Marseille, et qui a participé à cette étude, « beaucoup de patients ayant un asthme sévère et pouvant bénéficier d’une biothérapie sont suivis uniquement par leur médecin généraliste. Or une meilleure organisation du parcours de soins, à la fois au niveau national et local, permettrait de simplifier leur prise en charge et de faciliter l’accès à ces traitements en France ».

Source : Suivi du Congrès francophone d’allergologie 2026 (Paris) J17 : 23 avril 1ères Recommandations SPLF/SFA en asthme sévère. Recommandations SPLF/SFA en asthme sévère ; CO-31 Asthme sévère en France : prévalence, parcours de soins et recours aux traitements en 2024 - résultats du projet ASMAP. C. Taillé, P Chanez et al. 2026

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Vincent Roche