Stéroïdes anabolisants : un produit dopant qui se popularise dans les salles de musculation

20 mai 2026

Être en possession de stéroïdes en France est puni par la loi. Pourtant, selon un récent rapport de l’Inserm, leur consommation se démocratise chez les sportifs qui fréquentent les salles de sport. Quels dangers représentent-ils ?

L’Inserm a publié, le 24 avril dernier, une expertise collective dressant un état des lieux du dopage et des pratiques dopantes en milieu sportif. Les stéroïdes anabolisants constituent la catégorie de substances dopantes la plus communément détectée (de 43 à 45 %) lors des tests de dépistages.

De quoi parle-t-on ? Les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) sont des substances de synthèse proches de la testostérone, autorisés uniquement sur ordonnance médicale dans le cadre du traitement d’un déficit hormonal, ou encore d’hypogonadisme. Médicaments détournés de leur usage dans le cadre sportif, ils sont utilisés pour accroître la masse et la puissance musculaires. Il s’agit alors de dopage. En France, la détention de stéroïdes anabolisants sans prescription médicale est punie jusqu’à un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende.

La consommation de stéroïdes tend toutefois à se normaliser, notamment chez les adeptes de la musculation, par le fait d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Ils s’approvisionnent sur des sites internet à l’étranger ou directement dans des salles de sport. Des trafics de stéroïdes anabolisants démantelés par la police sont ainsi régulièrement relayés dans la presse.

Les adeptes de culturisme, premiers consommateurs

Selon les études réalisées dans les pays occidentaux, consultées par le groupe d’experts, leur consommation chez les 12-30 ans s’élève à 1,6 % avec une consommation en augmentation depuis de 2022. Et plus de la moitié des usagers déclarent des symptômes de dépendance. « Chez les sportifs fréquentant les salles de sport, les prévalences de consommation de SAA sont en moyenne nettement plus élevées que dans la population générale, variant entre 10 et 35 % », note le rapport. Plus particulièrement chez les adeptes de culturisme, où les taux de morbidité et de mortalité cardiovasculaires sont bien plus élevés que dans la population générale. Or, c’est dans ce groupe de population que les niveaux de consommation des stéroïdes sont les plus élevés.

Les données à disposition concernent essentiellement les hommes, les femmes étant absentes des études. Ce que regrette le groupe d’experts puisque la consommation de SAA augmente aussi chez elles.

L’expertise de l’Inserm met précisément en évidence une association claire entre stéroïdes et différents risques cardiovasculaires. « Chez les sportifs qui en consomment à fortes doses, on retrouve notamment une hypertrophie du ventricule cardiaque gauche. Celle-ci est responsable d’une altération du fonctionnement du cœur et d’une athérosclérose (dépôt de lipides sur la paroi interne des artères, conduisant à la formation de plaques dites d’athérome, ndlr) prématurée, cause principale de décès dans cette population. Chez les clients de salle de fitness utilisant des SAA, la mortalité et la prévalence de certaines maladies cardiaques seraient ainsi 3 fois plus élevées que dans la population générale, 5 fois plus pour les troubles thromboemboliques. Chez les anciens utilisateurs de SAA le taux de mortalité et de morbidité cardiovasculaire serait, lui, multiplié par 2 », note l’Inserm.

Un risque addictif élevé

La prise de stéroïdes est en outre rarement isolée et intégrée à un cocktail de substances qui augmente le risque d’atteintes cardiovasculaires. « Les événements cardiovasculaires graves voire mortels sont rapportés le plus souvent dans le contexte d’un entraînement intense en musculation, presque toujours en lien avec la prise de doses très au-dessus des normes physiologiques et d’un mélange de plusieurs SAA et d’autres produits non légaux (en arrêt de commercialisation, par exemple) ou illicites », lit-on dans le rapport. Il demeure toutefois difficile d’établir un lien de cause à effet clair dans la mesure où des analyses toxicologiques ne sont pas toujours menées.

Outre les effets cardiovasculaires, le système endocrinien est également largement impacté. « La prise de stéroïdes provoque en effet un hypogonadisme, c’est-à-dire une synthèse insuffisante des hormones sexuelles entraînant une diminution chronique en testostérone et en œstradiol qui peut persister plusieurs mois voire années après l’arrêt. Sur le plan physiologique, cette altération hormonale cause infertilité, troubles menstruels, acné, alopécie… mais aussi des modifications physiques majeures en fonction du sexe – parfois définitives –, et des malformations fœtales en cas de grossesse. »

Le groupe d’experts relaie aussi des effets délétères sur le foie, la peau, les muqueuses, les muscles, le squelette et le rein. En injection, ils exposent également les consommateurs à des risques infectieux. On retrouve des complications psychiatriques, neurologiques et un risque élevé de rechute après le sevrage, le risque addictif étant très élevé. A forte dose, des symptômes hypomaniaques, maniaques, psychotiques et neurocognitifs ont été observés.

L’ensemble de ces risques liés à la consommation de stéroïdes sont majorés chez les sportifs amateurs, alors que les sportifs de haut niveau sont suivis médicalement et lors des contrôles antidopage.

  • Source : Expertise collective Inserm : Dopage et pratiques dopantes en milieu sportif

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet

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