Les LBD ou lanceurs de balles de défense, utilisés par les forces de l’ordre depuis la fin des années 1990, provoquent des blessures graves, notamment au niveau des yeux. Certes non mortelles, ces armes qualifiées de « sublétales » ont blessé gravement 43 personnes en 3 ans dans l’Hexagone, avec un pic ces 10 derniers mois. Des cas répertoriés par des chercheurs indépendants et publiés dans la revue The Lancet.

Dans le contexte des nombreuses manifestations liées au mouvement des Gilets jaunes, des blessures consécutives à des tirs de LBD ont été rapportées à plusieurs reprises par les médias. Alors que ces armes sont employées par les forces de l’ordre en France depuis la fin des années 1990, « aucune étude épidémiologique ou remontée systématique de données concernant les blessures » n’a été réalisée ou commandée par les autorités. Face à ce constat, des chercheurs français ont décidé d’effectuer une compilation des cas de blessures oculaires entre février 2016 et août 2019.

Des blessures graves ignorées par les autorités

Pour ce faire, les scientifiques ont demandé aux services d’ophtalmologie des CHU français de remplir un questionnaire anonyme afin de réaliser une enquête rétrospective. Résultat, 43 blessures oculaires ont été identifiées sur la période précitée, avec un pic notoire depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, parmi lesquels 20 sont survenus à Paris. Sans certitude concernant l’origine de ces blessures, les chercheurs avancent malgré tout que « les LBD étaient les causes suspectées de la plupart de ces lésions». Parmi celles-ci, 25 consistaient en une blessure à globe oculaire ouvert.

Parmi les traumatismes recensés, les chercheurs ont identifié 25 fractures de l’orbite, 12 fractures de la face et 2 lésions cérébrales. La plupart de ces patients ont eu besoin d’au moins une intervention chirurgicale pour réparer « l’orbite, les paupières, l’œil lui-même ou le crâne ». La majorité des patients avait une acuité visuelle fortement réduite au moment de la prise en charge médicale. Certains étaient totalement aveuglés.

« L’augmentation de l’incidence des blessures oculaires sévères et aveuglantes en France au cours de ces 10 derniers mois pourrait être liée à l’usage de ces armes dans un but de contrôle des foules », soulignent les chercheurs. Or « à ce jour, ces résultats n’ont mené à aucun moratoire sur l’usage de ces dispositifs ». La preuve d’un déni des autorités ?

A noter : Interdits dans de nombreux pays européens, les LBD permettent d’envoyer un projectile conçu pour s’écraser à l’impact et limiter le risque de pénétration dans un corps vivant.

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