© sasirin pamai/Shutterstock.com
Le cancer de l’estomac est la cinquième cause de décès par cancer dans le monde. 1,1 million de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année et 770 000 personnes en meurent. En France, près de 6 500 cas de cancer gastrique sont diagnostiqués par an. Il était, en 2020, le 4e cancer le plus mortel. L’évolution démographique laisse présager une augmentation continue du nombre de nouveaux cas annuels, notamment dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Souvent détecté à un stade avancé, le cancer de l’estomac est associé à un mauvais pronostic, avec un taux de survie à 5 ans de 15 à 20 %.
Dans une étude publiée en 2025 dans la revue Nature Medicine, le Circ avait évalué le nombre de cancers gastriques chez les personnes nées entre 2008 et 2017. En supposant que les mesures de contrôle ne changent pas, il avait estimé que 15,6 millions de cas de cancer gastrique surviendraient dans ce groupe de la population à travers le monde. Le nombre de cas devrait notamment exploser là où il est actuellement faible. « Il est essentiel que les autorités sanitaires fassent de la prévention du cancer gastrique une priorité et accélèrent les efforts de lutte contre ce fléau en planifiant des projets pilotes et de faisabilité, notamment des programmes de dépistage et de traitement de H. pylori », prévenait alors le Dr Jin Young Park, responsable de l’équipe de prévention du cancer gastrique du CIRC et co-auteur de la nouvelle étude.
L’infection à H. pylori, bactérie classée comme cancérogène pour l’homme par le CIRC en 1994, est la principale cause de cancer de l’estomac. « L’infection de l’estomac par H. pylori est acquise pendant l’enfance et perdure pendant des décennies, voire toute la vie en absence de traitement. La personne infectée développe une forte réponse inflammatoire locale et humorale, qui s’installe progressivement dans la chronicité », rappelle l’Institut Pasteur. H. Pylori est actuellement reconnue comme étant la première bactérie directement impliquée dans la genèse d’un cancer.
La bactérie, souvent en lien avec un mauvais assainissement de l’eau, se transmet entre êtres humains par voie orale ou via les liquides corporels. L’infection est acquise durant la petite enfance et il s’agit le plus souvent d’une transmission interfamiliale. « L’infection à H. pylori est l’une des infections chroniques les plus répandues dans le monde : de 20 à 90 % des individus adultes sont infectés selon les pays », ajoute l’Institut Pasteur.
Selon le CIRC, de nombreuses données ont montré que le traitement de l’infection à H. pylori réduit l’incidence du cancer de l’estomac de 36 % et la mortalité liée à ce cancer de 22 %, lit-on dans un communiqué publié mercredi 11 mars. Toutefois, regrette le centre, seuls quelques pays ont mis en œuvre des programmes de dépistage et de traitement de l’infection à H. Pylori à l’échelle de la population. « Le manque de directives pratiques sur la conception de tels programmes, le choix des méthodes de dépistage et des schémas thérapeutiques appropriés, ainsi que sur les moyens de garantir la qualité, l’équité et un usage responsable des antibiotiques, a probablement contribué à la lenteur des progrès en matière de prévention du cancer gastrique à l’échelle mondiale », regrette l’agence de l’Organisation mondiale de la santé.
Afin de donner des orientations précises, le CIRCa réuni 25 experts internationaux chargés d’élaborer des directives, publiées le mercredi 11 mars dans the New England Journal of Medicine. Objectif : fournir des recommandations pratiques et applicables à l’échelle de la population mondiale afin de dépister et traiter l’infection à Helicobacter pylori et ainsi, prévenir le cancer de l’estomac.
Les recommandations du groupe d’experts portent sur six axes :
« La publication de ces travaux dans le New England Journal of Medicine constitue une étape importante vers une action mondiale pour la prévention du cancer de l’estomac », déclare le Dr Jin Young Park, qui a dirigé le rapport du Groupe de travail du CIRC.

Source : Circ, Institut Pasteur, New England Journal of Medicine

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet