Chaque année, 102 000 Français subissent un viol ou une tentative de viol. Au total, « 81% des victimes avaient moins de 18 ans au moment des faits », révèle l’association Mémoire traumatique et victimologie. Mais par peur, beaucoup n’osent ni porter plainte ni consulter. Une situation d’urgence sanitaire et sociale largement décrite ce lundi 2 mars au Palais du Luxembourg (Paris).

Les troubles psychiques et neurobiologiques liés aux violences sexuelles impactent durement le quotidien des victimes. Pourtant, la prise en charge survient trop tardivement en France. En cause, de profondes failles en termes « de dépistage (…) et de soins appropriés », décrit le Dr Muriel Salmona, auteur de l’enquête « Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte ».

Menée auprès de 1 214 victimes, cette dernière s’appuie sur des témoignages. Une première en la matière, les travaux publiés à ce jour évaluent en effet l’incidence et l’impact des violences sexuelles à partir de dossiers médicaux et/ou de paroles rapportées par le corps médical.

Situations sous silence

Même obtenus sans intermédiaire, ces résultats ne sont que partiels. « Confrontés à la loi du silence, beaucoup de femmes, d’hommes, d’enfants, d’adolescents taisent en effet leur traumatisme pendant des mois, des années voire des décennies ». Ainsi les 95% de femmes et les 5% d’hommes ayant répondu à l’étude ne représentent – à l’évidence – qu’une infime part de la prévalence réelle. Reste que l’enquête révèle de précieuses informations :

  • Les mineurs en première ligne. « Pour 81% des victimes interrogées, l’acte de viol est survenu avant l’âge de 18 ans ». Une victime sur deux (51%) a subi l’agression avant ses 11 ans, un quart (21%) avant l’âge de 6 ans. Et dans 7 cas sur 10 l’agresseur était un membre de la famille ;
  • La prévention laissée pour compte. Par manque de formation, beaucoup de médecins ne sont pas en mesure de repérer les situations d’agression. Ainsi certains symptômes (renfermement sur soi, signes d’apathie, épisodes mnésiques…) directement liés aux sévices sexuels peuvent être associés par erreur à d’autres pathologies comme un trouble autistique ou des signes de démence ;
  • Une dégradation précoce de l’état de santé. La fragilité physique, psychologique et psychique augmente le risque de pathologies comportementales (addictions à l’alcool, tabac, aux drogues, troubles du comportement alimentaire…) mais aussi de maladies (cancers, évènements cardiovasculaires, diabète…).

Prévention : pourquoi et comment ?

Au total, 78% des répondants n’ont pas bénéficié de prise en charge, auquel cas le traumatisme sexuel peut avoir des répercussions chez l’adulte. Suite à l’agression, « les victimes développent en effet une mémoire traumatique, véritable torture qui leur fait revivre sans fin les violences dans un état de stress extrême (…) sans compter qu’un certain nombre de ces enfants victimes deviendront agresseurs à leur tour et feront de nouvelles victimes ».

Pour être orienté(es), sachez qu’il existe plusieurs numéros d’aide en ligne :

Enfin une carte régionale des centres d’aides est accessible en cliquant ici.

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