Vol Rio/Paris : le deuil impossible ?

16 mai 2011

Le début des opérations visant à remonter les corps des victimes du crash Rio/Paris de juin 2009 ravive la douleur des familles Avec une question lourde : comment mener à bien son travail de deuil, en l’absence de la dépouille ? Ou face à un corps meurtri après être plusieurs mois dans des eaux à 4 000 mètres de profondeur ?

« Cette question est très compliquée et la réponse face à une telle épreuve dépend vraiment de chacun » nous explique Emilie Ghyssens, psychologue auprès du service de soins palliatifs du CHU de Nantes. « Une partie des familles veut retrouver les corps tandis que d’autres ne le souhaitent pas. Religieusement ou psychologiquement, tout dépend du positionnement de chacun face à la mort. Les réactions ne peuvent bien sûr pas être homogènes. » Selon elle en effet :

– Certaines familles vont être soulagées de donner une sépulture à leur(s) proche(s). Ils vivent ce moment comme un apaisement et un moyen de se recueillir ;

– Pour d’autres, deux ans après l’accident la confrontation avec un corps meurtri va constituer une nouvelle épreuve. La meilleure chose à faire selon eux, c’est de ne pas toucher aux dépouilles. Une façon de respecter leur dernière demeure. « Peut être est-ce là une façon de refuser le moment difficile qu’est la confrontation. Mais il ne s’agit que d’une hypothèse » explique Emilie Ghyssens ;

– Pour certains enfin, un corps disparu ne signifie pas obligatoirement la mort. Il se peut qu’inconsciemment ils espèrent, qu’ils se rassurent, qu’ils se demandent si leur proche est réellement mort. « Sans les corps, le travail de deuil peut être difficile à entamer ».

Une remontée vraiment nécessaire ?

Outre les débats éthiques ou religieux qu’elle suscite, cette opération de remontée des corps semble pourtant « nécessaire », explique le Dr Renaud Clément, médecin légiste au CHU de Nantes. « C’est aussi une question juridique. Il ne faut pas oublier que lorsque le décès n’a pu être établi, la personne est considérée comme portée disparue, et non comme décédée. » La disparition est alors d’autant plus dramatique pour les proches qu’elle s’accompagne de complications juridiques pour faire admettre le décès. Et pour cause : en cas de disparition, aucun acte de décès n’est signé… Par conséquent, il revient le plus souvent à la famille d’apporter les preuves que le disparu était sur les lieux de la catastrophe. Bref, une autre épreuve. Une de plus…

  • Source : Interview d’Emilie Ghyssens, 11 mai 2011. Interview du Dr Renaud Clément, 6 mai 2011

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