Accueil » Santé Publique » A la recherche du bonheur perdu

Déjà au XIXè siècle, Honoré de Balzac dans La peau de chagrin s’interrogeait : «Le but de la société n’est-il pas de procurer à chacun le bien-être ?» L’auteur de La Comédie humaine on en conviendra, était orfèvre en la matière…
Regards croisés sur le bien-être
Pour Luc Ferry, philosophe qu’on ne présente plus, 1968 a marqué une rupture dans la recherche du bien-être. La vision du monde est alors devenue plus morale, plus authentique et moins basée sur les sacrifices et la méritocratie. La quête de l’épanouissement personnel se fait primordiale. « Deviens qui tu es. Il convient d’être bien dans ton corps et dans ta tête » explique-t-il, avant d’ajouter somme toute perplexe, que « les gens se sont mis à courir autour des étangs, sans raison, pour le plaisir… ».
Pour l’avocat sénégalais, Barthélémy Faye, « à la différence des sociétés occidentales, en Afrique le rapport à la nature est plus brutal. On n’est bien que parmi les siens. Le bonheur est vécu comme une sorte de grâce ».
Concernant l’Empire du Milieu, l’ethnographe Catherine Capdeville-Zeng insiste sur « l’importance du lien social. Dans beaucoup de villages chinois, malgré les progrès techniques, les femmes continuent de se rendre au puits pour laver leur linge… et pour discuter ».
Non sans humour, l’écrivain Erik Orsenna s’interroge. «Si le rapport aux autres est la clé, ‘quid’ des réseaux sociaux et des liens virtuels ? Si je m’ennuie un dimanche, me sentirais-je plus épanoui en apprenant que Cécile Duflot a twitté sa préparation de Chili con carne ? » La question ne manque pas de piment, mais elle reste ouverte…
La science, porteuse d’inquiétudes ou d’espoirs ?
Pourtant selon Luc Ferry, « c’est le sens de nos actes qui détermine notre bien-être. Et non pas notre bonheur. Ce dernier est un concept absurde, dès lors que l’on fait preuve d’intelligence. La joie n’est jamais permanente. Elle est ponctuée de (périodes de) tristesse, de périodes de doute. Il convient alors de parler de sérénité, de victoire sur les peurs. Or la peur – notamment celle de la mort – est omniprésente aujourd’hui. Dans nos sociétés occidentales, la science est davantage perçue comme porteuse d’inquiétudes que d’espoir. C’est délirant. Tout cela nous empêche de vivre le jour… et donc d’être heureux ». Alors, c’est quand le bonheur ?

Source : De notre envoyé spécial à la Convention on Health and Management, Chamonix, 27-29 septembre 2012
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