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En France près de 650 000 personnes souffrent d’épilepsie et près de la moitié a moins de 20 ans. Cette maladie du cerveau englobe différents symptômes comme des troubles de la cognition, du sommeil, ou du langage. Sa manifestation la plus connue et la plus spectaculaire est la crise d’épilepsie qui résulte de décharges électriques brusques et excessives d’influx nerveux dans le cortex cérébral.
Une majorité de patients, 60 à 70 % d’entre eux, sont traités avec des médicaments qui contrôlent leur épilepsie. Mais pour les 30 à 40 % restants, la maladie résiste aux médicaments et les crises se poursuivent. Seule possibilité alors, une chirurgie qui cible et résèque la zone cérébrale affectée. Mais celle-ci n’est envisageable que chez une minorité d’entre eux car elle ne peut être envisagée qu’« à condition que la zone responsable des crises (zone épileptogène), soit focale, unique et suffisamment à distance de régions hautement fonctionnelles (impliquées dans le langage, la motricité…) », explique le CHU de Rouen (Seine-Maritime).
Pour les autres, « des approches dites palliatives, plus ou moins invasives, sont développées depuis une trentaine d’années, note l’Inserm. La radiochirurgie stéréotaxique (Gamma Knife), qui utilise un rayon gamma – large – pour léser et désactiver le foyer épileptique dans le cerveau, est actuellement la thérapie non invasive la plus utilisée contre les épilepsies focales. Cependant, le faisceau n’est pas très précis, et la thérapie n’est efficace que dans 50 % des cas avec des effets secondaires non négligeables ».
C’est pourquoi une équipe de l’Inserm et de l’Université Grenoble Alpes (UGA) explore depuis une dizaine d’années une nouvelle approche par radiochirurgie, pour lutter contre les épilepsies résistantes. Son nom ? Microbeam Radiation Therapy (MRT). Concrètement, explique l’Inserm, « les chercheurs utilisent un synchrotron, un instrument électromagnétique de grande taille, pour diviser un faisceau de rayon X en microfaisceaux extrêmement fins (50 µm ’micromètre’, soit l’épaisseur d’un cheveu) ».
Ces microfaisceaux peuvent administrer précisément et localement des doses de rayon X très élevées, permettant d’atteindre uniquement les zones responsables des crises, sans toucher les tissus voisins. « Les microfaisceaux à rayons X se sont initialement montrés efficaces pour éliminer des tumeurs, comme l’a été Gamma Knife, la radiochirurgie de référence contre l’épilepsie. Cette dernière s’est montrée efficace contre les cancers, avant de trouver une application pour cibler les foyers épileptiques dans le cerveau. Cette translation nous a paru pertinente, et nos résultats le prouvent », explique Loan Samalens, doctorante et première autrice de l’étude.
MRT a été testé chez un modèle de souris atteinte d’une épilepsie mésio-temporale, une forme d’épilepsie qui résiste aux traitements médicamenteux. L’irradiation par microfaisceaux à rayon X de la zone affectée a eu un effet antiépileptique durant deux mois. La survenue des crises a été réduite significativement et durablement. Ces résultats ont été publiés le 23 décembre 2025, dans la revue Epilepsia.
« Nous avons commencé par irradier les zones cérébrales concernées avec une seule trajectoire à des doses croissantes. Plus on augmentait la dose, plus le traitement était efficace mais plus cela augmentait la mortalité. Mais en divisant la même dose en plusieurs trajectoires, permettant de répartir la dose de rayon X délivrée, on obtient de meilleurs résultats. Le traitement est plus efficace avec moins d’effets toxiques. Les résultats obtenus sont même plus robustes et pertinents que le traitement de référence actuel, Gamma Knife. Un effet thérapeutique est obtenu sans induire les effets secondaires majeurs habituellement observés avec les radiothérapies conventionnelles », poursuit Loan Salamens.
Avant qu’une application clinique puisse être envisagée, il reste à optimiser les paramètres d’irradiation, préciser leurs effets sur le long terme et comprendre les mécanismes de ces microlésions sur l’épilepsie. Le synchrotron étant une machine assez unique en son genre, il faudra aussi que le mécanisme puisse être reproduit sans lui. « L’objectif est de vérifier que le principe du fractionnement spatial peut être appliqué sans synchrotron, avec des machines réalistes pour la pratique médicale et ancré dans le concret pour les patients », explique Antoine Depaulis, directeur de recherche émérite Inserm.

Source : Inserm, CHU de Rouen, Ameli.fr

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet