Associée aux idées noires de l’adolescent, la scarification ne relève pas forcément du pathologique. Mais ce geste traduit tout de même une souffrance psychique. Les explications du Pr Philippe Duverger, pédopsychiatre au CHU d’Angers.

« Mal dans sa peau jusqu’à risquer sa peau », synthétise le Pr Philippe Duverger, pédopsychiatre au CHU d’Angers, en abordant le sujet de la scarification.

La scarification porte atteinte à l’intégrité de notre peau, notre enveloppe. « Notre passeport », comme le définit Xavier Pommereau, psychiatre*. L’interface entre le « je » extérieur et le « je » intérieur. Ce geste correspond à l’ouverture superficielle des veines, « une entame infligée sur la peau ». On distingue les scarifications typiques (incision superficielle sur le dos de la main, les poignets…) des scarifications atypiques (plus graves, elles sont d’une intensité croissante, affectant le thorax, le cou, la face, les cuisses, les organes génitaux et sont parfois associées à des automutilations).

La scarification ne relève pas forcément « d’une pathologie psychologique ou psychiatrique et n’est pas automatiquement associée à des idées suicidaires ». Mais en toile de fond, « ce geste traduit obligatoirement une souffrance psychique, peut-être même un appel à l’aide. Et dans certains cas en effet, selon le degré de souffrance, cet acte peut cacher une pathologie », décrit le Pr Duverger.

Les cas de scarification augmentent depuis une dizaine d’années. « Pour beaucoup d’adolescents, cet acte constitue une façon de s’approprier son corps,  véritable champ de bataille de l’identité. » En faisant souffrir son organisme, l’adolescent a l’impression de « circonscrire la douleur » ailleurs que dans sa tête. Mécanisme par lequel « un soulagement survient lors de l’ouverture des veines ».

Une addiction comportementale ?

La pratique de la scarification peut être épisodique et passagère. Mais lorsque cette habitude est répétée dans le temps, ce geste peut devenir addictif. Ainsi, « le jeune trouvera une forme de sécurité et d’apaisement en sachant qu’il peut libérer ses tensions de cette manière quand il le souhaite ». Comme toute dépendance, la réitération alimente le manque. « La scarification deviendra alors être plus importante pour que le jeune trouve satisfaction. »

Se rabattre sur un tel geste envers soi « ne peut pas être insignifiant », souligne le Pr Duverger. « Il faut alors comprendre les raisons du passage à l’acte.  Des traumatismes comme des abus sexuels ou des épisodes de harcèlement sont souvent décelés. » L’objectif est d’amener le jeune à « penser à l’origine de ce geste pour panser le mal-être ». Une démarche à effectuer en consultant un psychologue ou un psychiatre.

A noter : la scarification est à distinguer de l’automutilation, geste rapporté chez des patients souffrant d’un trouble psychiatrique. Nous reviendrons prochainement sur ce sujet.

*Chef de service du Pôle Aquitain de l’Adolescent situé au Centre Abadie (Bordeaux)

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