Agace Azoulay

[20 juin 1997 - 10h05]

Savez-vous que « dépasser une maladie, même un cancer, c’est encore être en bonne santé »? Savez-vous qu’être malade c’est « la possibilité de déplacer les perspectives et de s’observer dans un état jusqu’alors méconnu »? Savez-vous enfin que ces lignes sont d’un médecin (d’un pédiatre même, paraît-il! ), et qu’elles ont été publiées en juin dernier dans les colonnes du journal Le Monde? L’auteur de ces lignes se réclame de Nietzsche et mérite donc l’indulgence car même l’auteur de Dieu est mort a prouvé qu’il pouvait se tromper… Mais à l’heure où par la bouche de Bernard Kouchner le gouvernement appelle notamment les médecins à prendre en compte la douleur et à opérer « un changement dans les comportements, dans des habitudes trop bien ancrées, dans les mentalités », on est atterré devant tant d’incompréhension face à la maladie et la douleur.

Il est impensable que la mère qui voit son enfant lutter contre une leucémie soit à même de « déplacer les perspectives » qui s’ouvrent à son petit. Il est peu probable que l’ouvrier brisé par les rythmes et les postures impossibles du travail posté se contente d’admettre qu’il n’est pas malade mais « temporairement différent ». A trois siècles de distance on croit entendre Diafoirus, le médecin pédant et ridicule créé par Molière. En attendant que l’auteur de l’article redescende sur terre, on peut souhaiter que la fin de son propos « Mesdames et Messieurs les politiques, pour un moment (…) parlons santé » ne sera pas entendue et que les grandes questions de santé resteront abordées d’une manière plus pragmatique et plus humaine. Diafoirus, le médecin pédant et ridicule créé par Molière.

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