Allaitement : Le lobby industriel reste puissant à l’OMS

[03 février 2014 - 10h03] [mis à jour le 03 février 2014 à 10h04]

« L’allaitement maternel est l’un des moyens les plus efficaces de préserver la santé et d’assurer la survie de l’enfant », martèle depuis de nombreuses années l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le statut d’Organisation non gouvernementale auprès de l’OMS devrait donc être réservé aux seules associations partageant cet objectif de santé publique. Dans cette logique, l’attribution de ce statut au Réseau international des groupes d´action pour l’alimentation infantile (IBFAN) et le retrait de l’ISDI (organisme représentant des industriels tels que Nestlé et Danone) font sens. Mais le titre d’ONG obtenu par le groupe GAIN, qui promeut les aliments « enrichis » pose question…

L’IBFAN est un groupement d’associations civiles ayant pour but « d’améliorer la santé et le bien-être des bébés et des petits enfants, des mères et de leurs familles, par le biais de la protection, la promotion et du soutien de l´allaitement maternel et des pratiques optimales d´alimentation des nourrissons ». Pour ce faire, il lutte pour la mise en œuvre du Code International de commercialisation des substituts du lait maternel. Ce dernier, approuvé en 1981 par les Etats Membres de l’ONU (à l’exception des Etats-Unis) a pour objectif de « protéger l’allaitement maternel des pratiques commerciales agressives non respectueuses de la santé des enfants ». Notamment de la publicité.

Ainsi peut-on lire à l’article 5 : « il ne devrait y avoir ni publicité, ni aucune autre forme de promotion, auprès du grand public, de produits visés par le présent Code. » De plus, « les fabricants et les distributeurs ne devraient fournir ni directement ni indirectement aux femmes enceintes, aux mères ou aux membres de leurs familles des échantillons de produits visés. »

« Une décision inquiétante »

La reconnaissance de l’IBFAN par l’OMS est donc une victoire. Et le refus de renouveler le statut d’ONG à l’International Special Dietary Foods Industries (ISDI) renforce ce sentiment. Toutefois, si « nous sommes vraiment heureux de ce tournant, la décision de donner le statut à Global Alliance for Improved Nutrition (GAIN) est inquiétante », estime Patti Rundall, co-présidente d’IBFAN. La réponse positive donnée par l’OMS à cette entité représentant notamment des entreprises de l’agroalimentaire est un signal contradictoire dans la défense de l’allaitement maternel. Même si GAIN se présente comme un groupe luttant contre la malnutrition dans le monde grâce à des aliments enrichis…

« S’il est facile d’identifier certains groupes ayant pour but de vendre des produits industriels, les entités telles que GAIN cachent astucieusement leur véritable objectif », poursuit-elle. Un travail de dissimulation et de contournement des règles que pratiquent les industriels de l’alimentation pour enfant. Exemple : une publicité pour une marque de lait infantile dont le slogan « après le vôtre, probablement l’un des meilleurs laits » concerne les laits de suite ou 2e âge (à partir de 6 mois). Pourtant, le message pourrait laisser penser qu’il est un lait d’une telle qualité qu’il pourrait se substituer au lait maternel dès la naissance… Une confusion sur laquelle jouent les fabricants et les publicitaires. A l’avenir, l’IBFAN espère que « le Dr Margaret Chan (directeur générale de l’OMS) respectera sa promesse de développer une politique réservant l’espace des ONG à ceux dont la seule mission est la santé publique. »

Ecrit par : Dominique Salomon – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

Partager cet article