Attentats : à l’écoute des victimes

[17 novembre 2015 - 15h24]

Suite aux attentats de vendredi, parler, raconter, être écouté relève d’une urgence presque vitale pour les rescapés et les témoins. Or comment poser des mots sur de tels événements. En état de choc, les victimes sont « prisonnières » de leurs sens, de ce qu’elles ont vu, entendu. Rompre l’état de choc pour retrouver l’instant présent est le premier pas décisif. Comment savoir si la victime est de nouveau en prise avec la réalité ?

Le temps s’est arrêté pour toute la France. Pour les victimes cet état de choc peut durer. Il n’existe aucune « date limite » pour verbaliser. Pourtant l’urgence est là. Sans écoute, sans dialogue, il ne peut y avoir de reconstruction psychique, de guérison émotionnelle.

L’Association française des Victimes du terrorisme (AFVT) rappelle que « l’irruption de la violence terroriste peut être assimilée à une effraction psychique chez les victimes directes. Lorsque l’attaque se produit, de multiples émotions peuvent surgir : la douleur, l’effroi, la terreur, la sidération, la perte de repères spatio-temporels…» Le Dr Christophe Debien, psychiatre au CHR de Lille confirme : « soumis à un tel stress, notre cerveau est incapable de l’absorber ».

Pour le Dr Dominique Pateron, chef du service des urgences de Saint-Antoine, « certaines victimes semblent détachées à la fois du drame et de sa blessure ». Dans ce cas, se raconter à un professionnel est donc une étape fondamentale du processus qui doit intervenir le plus rapidement possible.

Et si la victime est incapable ou ne ressent pas la nécessité de parler ?

Le mutisme est particulièrement grave : absence totale de socialisation, renfermement sur soi-même, disparition de toute forme de dialogue. L’entourage qui constate ces signes doit agir. Une prise en charge immédiate par des professionnels est une nécessité.

Le « je vais bien », à la suite d’un tel stress émotionnel indique fréquemment une forme de déni des événements vécus. La victime est toujours déconnectée de la réalité. Les émotions légitimes restent verrouillées. L’acceptation de la prise en charge psychologique est plus difficile. Le mécanisme de défense par le déni apparaît comme une protection. Un premier contact avec un médecin psychiatre est indispensable.

Une propension disproportionnée à l’altruisme ou une agressivité inhabituelle peuvent indiquer une lourde culpabilité. « Pourquoi eux et pas moi ? » : le sentiment qu’être toujours en vie est injuste. Il s’agit du syndrome du survivant. Là encore, le soutien et l’accompagnement psychologique doivent être immédiats.

A qui s’adresser ?

Sur Paris, des permanences téléphoniques sont assurées pour orienter les victimes ou leurs proches : le 3975 (Mairie de Paris), le 0800 40 60 05 (Cellule interministérielle d’aide aux victimes) ou l’association Paris Aide aux Victimes au 01 45 88 18 00. Cette association fait partie du réseau de l’Institut national d’aide aux victimes et de médiation (Inamev), seul organisme officiel désigné par la circulaire ministérielle fixant les règles de prise en charge des victimes d’attentats. Partout en France, les associations locales de l’Inavem apportent l’indispensable accompagnement.

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