Accueil » Santé Publique » Attention, n’est pas « ville-santé » qui veut !
Que de chemin parcouru depuis le lancement par l’Organisation mondiale de la Santé, de son programme « villes-santé »! Mis sur les rails en 1988, ce dernier s’attache à promouvoir le bien-être physique, social, mental et environnemental des citadins. Il s’étend aujourd’hui pour la seule Europe, à un réseau de plus de 1 000 villes. Et le moins que l’on puisse dire est que le concept fait florès, avec une succession d’initiatives privées qui font usage -ou mésusage…- de l’expression « ville-santé ». Sans bénéficier le moins du monde du label OMS. Tour d’horizon d’une dérive.
En janvier 2004 en France, est ainsi lancé Ensemble, prévenons l’obésité des enfants (EPODE). Un programme de prévention privé soutenu par l’industriel Nestlé, la Fondation internationale Carrefour et les Assureurs Prévention Santé.
Le programme vise à prévenir la prise de poids excessive des enfants de 5 à 12 ans, grâce à la promotion d’une alimentation équilibrée et d’une pratique sportive régulière. EPODE est présenté comme directement issu d’une « expérience pionnière initiée par l’association Fleurbaix Laventie ville santé ». L’initiative est certes louable… mais n’a rien à voir avec les « villes-santé » de l’OMS ! Première dérive.
Le deuxième détournement du concept concerne le programme Prévention santé et nutrition des seniors actifs (PENSA), lancé le 17 avril dernier avec notamment, le soutien d’un groupe « partenaire des métiers de l’alimentaire »…. Ambition affichée : apprendre à « bien vieillir ». Quatre villes-pilotes l’ont déjà adopté : Cavalaire-sur-mer, Contrexéville, Evreux et Royan. Pourquoi pas ! Mais le risque est réel de voir une certaine inflation rattraper ce genre de projet. Autre grief, les habitants y sont compartimentés par tranches d’âges. Les petits, les moins petits, les personnes âgées, puis très âgées…
Cette approche -singulièrement restreinte à l’alimentaire- n’a strictement rien à voir avec la philosophie des « villes-santé » lancées par l’OMS. Celle-ci propose au contraire une dynamique à l’échelle de la cité : développer les solidarités, réduire les inégalités, promouvoir l’accès à la culture, le respect de la nature… L’OMS s’attaque ainsi aux multiples facteurs qui se conjuguent pour améliorer (ou à l’inverse, détériorer) la santé des membres d’une communauté. Ce n’est ni plus, ni moins respectable que les programmes de prévention privés. C’est juste très différent… et somme toute beaucoup plus cohérent.
Recevez chaque jour par e-mail les dernières actualités santé.