
Des patients toujours pas au centre des soins. « Inventeurs » de la sécurité sociale, nous sommes volontiers donneurs de leçons. Notre Président n’a-t-il pas salué la réforme (historique) du système américain de protection sociale en affirmant qu’en France « cela fait 50 ans que nous avons résolu le problème » de la Sécu ? Résolu : le mot est peut-être excessif…
Nous avons il est vrai, la loi HPST. Porteuse d’innovations intéressantes – des dispositions visant à favoriser l’accès aux soins, à lutter contre les fléaux de l’obésité, de l’alcoolisme, de la dépendance aux toxiques… – elle soulève pourtant l’hostilité des professionnels de santé. Et sans ces derniers, les progrès risquent de ne pas voir le jour :
– Comment espérer un égal accès aux soins. alors que la désertification médicale progresse ? Les effets conjugués du numerus clausus et de la surcharge administrative détournent les jeunes médecins de l’exercice libéral. Ils fuient les campagnes. Or la volonté de pratiquer la médecine rurale ne se décrète pas. Elle s’obtient – Eh oui ! – en suscitant l’enthousiasme ;
– La réforme hospitalière ambitionne de fusionner plateaux techniques et pôles de compétences ? Elle doit faire ses preuves. Pour offrir des soins proches du malade, elle doit développer l’hospitalisation à domicile (HAD) en affectant autrement les budgets, et non en générant de nouvelles dépenses. Elle doit faire que l’essentiel des ressources aille réellement aux soins.
Demain, maîtres de nos données de santé ? Nous avons également le dossier médical personnel, ou DMP. Né de la loi de santé publique du 13 août 2004, il nous était promis pour le 1er juillet… 2007. Puis sa généralisation a été annoncée pour novembre de la même année… avant d’être reportée sine die.
La nature a horreur du vide et les pharmaciens nous ont sorti un joli petit frère de derrière les paillasses. D’abord lancé dans 6 départements, le dossier pharmaceutique a si bien fait ses preuves que notre DMP national pointe à nouveau son nez. C’est peut-être vraiment la fin de ce drôle de tango politico-économique – un pas par-ci, deux pas par-là… Si le DMP voit finalement le jour en 2011 – pardon d’avoir l’air de douter… – nous pouvons espérer pour le moins:
– Qu’il ne soit pas un monstre enfanté par une tour d’ivoire technocratique. Qu’il n’ignore pas les acquis portés par 10 millions de dossiers pharmaceutiques. Ils ont le double mérite d’exister, et d’avoir coûté une fraction de ce qu’il a fallu pour cet embryon de DMP ;
– Que les deux dossiers (pharmaceutique et médical) seront à l’abri des dérives. Les données doivent être préservées de toute captation par les assureurs… publics et privés. Les Français doivent être protégés des marchands du temple. Sans cesse plus nombreux, ils cherchent à vendre des solutions pour rendre ces dossiers transportables. Elles devraient être inutiles car DP et DMP doivent être interconnectables et accessibles partout, en toute sécurité ;
– Espérons enfin une pharmacovigilance en temps réel. Que le malade y participe pleinement et fasse remonter l’information sans passer par des professionnels plus ou moins motivés ou des sites commerciaux à la fiabilité douteuse. C’est le plus sûr moyen d’éviter les dérives – parfois mortelles – dans la prescription ou l’utilisation des médicaments…
Ce ne sont là que morceaux choisis. Accompagnement des personnes âgées dépendantes, éducation thérapeutique, prise en charge de la douleur, convergence des tarifs hospitaliers, adaptation de la pharmacopée à la médecine infantile… Si « le travail c’est la santé », au moins sommes-nous assurés que notre ministre de tutelle n’en manquera pas cette année. Ni le cas échéant, les suivantes…

Source : OMS, juin 2000, consulté le 2 janvier 2011 ; La Documentation française novembre 2007; www.sante.gouv.fr 14 avril 2010