Cancer et sexualité : la politique de l’autruche

[10 décembre 2009 - 15h00] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h35]

« La chimiothérapie aura-t-elle des conséquences sur ma sexualité ? » « L’activité sexuelle peut-elle aggraver mon cancer ? »… L’annonce de la maladie pose la question de la vie intime des patients. Qui pour les informer ?

Pas facile, tant pour les soignants que pour les soignés, d’ouvrir le dialogue sur un sujet encore souvent tabou. « Un grand nombre de patientes n’ose pas aborder cette question, pourtant essentielle », regrette le Dr Sarah Dauchy, responsable d’une unité de psycho-oncologie à l’Institut Gustave Roussy à Villejuif. « A côté de cela, soignants et médecins ne sont pas toujours à l’aise, d’autant qu’ils n’ont pas forcément de réponses à apporter. Mais être capable d’interroger une patiente là-dessus c’est la reconnaître dans son intégralité ». A l’Institut Gustave Roussy, des groupes de paroles sont proposés aux patientes atteintes de cancer du sein en fin de traitement.

Le Dr Pierre Bondil, cancérologue, urologue et sexo-andrologue à Chambéry, déplore le manque de formation des soignants. Il y a 4 ans, il a créé le dispositif « ROSA », pour Réponse onco-sexologique des Alpes. « En 2006, nous avons interrogé les soignants sur le cancer et la sexualité. Tous estiment primordiale l’information des patients sur la sexualité. Mais seuls 5% des soignants se sentent suffisamment formés pour répondre à la demande. Ces questions restent trop souvent considérées comme secondaires ».

Systématiser les consultations dédiées à la sexualité

« Tous les centres de lutte contre le cancer proposent une consultation antidouleur. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les questions de sexualité ? », enchaîne le Pr Stéphane Droupy, urologue au CHU de Nîmes et responsable du comité d’andrologie de l’Association française d’Urologie. Pour les cancers masculins, l’urologue informe généralement le patient. C’est de toute façon une obligation médico-légale si les fonctions érectiles et reproductrices sont en jeu. Mais bien d’autres questions peuvent se poser. Il ne faut pas confondre le sexe, la vie sexuelle et la santé sexuelle.

« Le patient a besoin d’être guidé. Or les cancérologues, démunis, font parfois preuve de maladresse ». Et ramènent la vie sexuelle à une bagatelle : « les troubles de la sexualité ne seraient que le maigre prix à payer dans le combat contre la maladie ». Ils renvoient souvent à des psychologues « en ville », pas nécessairement sexologues, et qui ne maîtrisent pas toujours la problématique du cancer.

Mieux vaut se renseigner auprès de l’établissement de soin qui vous suit. Et surtout, ne pas éluder la question : « je me souviens d’un patient de 80 ans, atteint d’un cancer de la prostate, qui m’a récemment demandé, à demi-mot, s’il avait ‘le droit’, sans rien préciser d’autre », conclut le Dr Bondil. « Sur la sexualité aussi, nous avons le devoir d’informer et de rassurer nos patients ».

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