Cigare, pipe, chicha… les ravages du tabac dépassent la cigarette

[11 juin 2018 - 17h14] [mis à jour le 11 juin 2018 à 17h28]

En France, 76% des produits du tabac commercialisés sont des cigarettes. Pour autant, les autres formes de tabac, qu’elles soient à fumer ou non, continuent d’exister. Dans d’autres pays, elles prennent d’ailleurs une place encore plus importante. Alors même qu’ils ne sont pas dénués de risque, comme le rappelle une étude menée par des chercheurs lyonnais et parisiens.

« En France, en dehors de la cigarette, les produits les plus utilisés sont le tabac à rouler, suivi les cigarillos et les cigares », notent les Pr Philippe Arvers, Gérard Mathern et Bertrand Dautzenberg dans un travail sur les anciens et nouveaux produits du tabac.

90% de risque en plus !

Le tabac à rouler pour commencer, est particulièrement prisé par les jeunes en raison du moindre prix et de la possibilité d’y ajouter du cannabis. Par ailleurs, « de nombreux fumeurs passent au tabac à rouler, prétendant qu’ils fument moins », notent les auteurs.

Le danger pour la santé n’est en revanche pas moindre. « La teneur en nicotine est plus élevée que dans les cigarettes classiques », précisent-ils. Et « le taux de benzène et benzopyrène est aussi supérieur ». Le résultat ? « Une augmentation du risque de développer un cancer, comme celui du poumon est augmenté de 90% par rapport au tabac classique dans une étude de cohorte (1966—1993) norvégienne », soulignent les chercheurs. Le risque de développer un cancer de l’oesophage est aussi augmenté.

Cigares et pipes, le « crapotage » ne protège pas

Cigarillos et cigares font également partie des autres produits du tabac qui plaisent aux Français. « Le fumeur de cigare ‘crapote’ et parfois renvoie par le nez la fumée qui ressort par les narines, pour profiter de la rétro-olfaction », décrivent les scientifiques. Or « la fumée de cigare contient plus de nicotine, de monoxyde de carbone, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, de benzène que la fumée de cigarette ». Dans le détail, « 4 cigares équivalent à 10 cigarettes classiques ». Résultat, « les cancers de la bouche, du nez et de la gorge sont plus fréquents qu’avec la cigarette classique ».

Par ailleurs, d’autres risques sont augmentés. Le risque de BPCO est majoré de 45%, le risque de cancer du poumon est multiplié par 5 et le risque de cancer de la vessie par 3,6. Un cigarillo étant un type de cigare de petite taille, les conséquences sur la santé sont donc équivalentes à celles du cigare. Quant à la pipe, elle équivaut à 5 cigarettes selon l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT).

La chicha, pas si exotique

« Le narguilé, autrefois consommé en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Est, voit sa popularité augmenter dans les pays occidentaux, et particulièrement parmi les jeunes », soulignent les auteurs. Egalement appelé chicha, ce dispositif est à l’origine des mêmes affections que la cigarette (respiratoires, cardiovasculaires et cancéreuses). Sans compter qu’il peut aussi, être addictogène.

Restent bien d’autres produits du tabac, plus confidentiels aujourd’hui en France comme la chique et la prise. Pour ces usages, « les pathologies constatées sont très généralement localisées à la sphère buccodentaire et ORL, avec des parodontites, des leucoplasies, des tumeurs de la cavité buccale, mais aussi digestives (cancers de l’œsophage, de l’estomac, du pancréas) et urinaires (cancers de vessie) », ajoutent les scientifiques.

Malgré les campagnes de santé publique pour lutter contre les dommages causés par le tabac, « la diversité des produits est une des raisons de la persistance de la consommation de cette substance nocive », soulignent-ils. « L’industrie du tabac cherche en permanence à réveiller de vieux produits ou en créer de nouveaux afin de laisser perdurer la consommation et la dépendance tabagique, maladie qui est à la source de ses profits », concluent-ils.

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