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La cocaïne (chlorhydrate de cocaïne), extrait de la feuille de coca, est un produit psychoactif de la classe des stimulants du système nerveux central. Elle se présente sous forme de poudre blanche, consommée par voie nasale (« le sniff »), mais l’ajout d’ammoniac ou de bicarbonate de soude à cette poudre permet sa cristallisation sous forme de petits cailloux qui peuvent être fumés à l’aide d’une pipe (« le crack »). La cocaïne se consomme également par injection. Les usages actuels se caractérisent par une disponibilité accrue de cette drogue ainsi qu’une diversification des modes de consommation : 64 % par sniff, 25 % par inhalation et 9 % par injection.
En France, en population générale, la consommation de cocaïne a fortement augmenté, passant de 1,8 % en 2000 à 9,4 % en 2023 pour l’expérimentation au moins une fois au cours de la vie. Les 25-34 ans sont les plus touchés, avec 5,4 % d’usagers récents. 61 % des usagers consomment également de l’alcool ou des opioïdes.
Parmi les motivations de consommation, on trouve la recherche de performance, la gestion du stress ou l’usage récréatif (42 % des festivaliers consomment de la cocaïne, par exemple).
Chez les jeunes, l’expérimentation de la cocaïne a diminué ces dernières années, passant de 2,8 % en 2017 à 1,4 % en 2022 à 17 ans. Mais cela dépend notamment du statut scolaire : 4,4 % des jeunes non scolarisés ont déjà expérimenté la cocaïne, contre 0,9 % en lycée général. Globalement, la France se situe au-dessus de la moyenne européenne, avec 2,7 % des 15-16 ans ayant déjà consommé de la cocaïne, contre 1,9 % en moyenne dans l’Union européenne.
S’agissant de la susceptibilité génétique d’un individu à développer des troubles de l’usage* de la cocaïne, les experts de l’Inserm ne se prononcent pas, faute de données scientifiques robustes. En revanche, ils sont plus affirmatifs sur le fait que la présence, chez la personne consommatrice, de troubles psychiatriques (stress post-traumatique, trouble de l’humeur, trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité/TDAH…) est associée à une augmentation du risque de troubles de l’usage.
La consommation de cocaïne peut entraîner des conséquences d’autant plus graves que le nombre et la régularité des prises sont élevés : troubles cardiovasculaires, lésions ORL liées à la consommation par voie nasale, altérations des fonctions cognitives (troubles de l’attention, de la mémoire, de l’apprentissage et de la psychomotricité, impulsivité, dépendance…), voire développement ou aggravation de troubles psychiatriques et dommages au niveau des reins.
Loin d’être anecdotique, la contamination par des maladies infectieuses (hépatite C, VIH, syphilis, papillomavirus…) est principalement liée à la consommation par injection, au partage et/ou à la réutilisation de matériel usagé (seringues, pipes à crack, pailles) ou à des pratiques sexuelles à risque.
Certaines conséquences graves concernent à la fois la personne consommatrice et son entourage (altération de la qualité de vie, accidents, comportements à risque ou violents, exposition accrue aux violences sexuelles). Les enfants sont parmi les victimes collatérales les plus vulnérables (violences intrafamiliales, troubles du développement).
Aucun traitement pharmacologique n’a obtenu d’autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de la dépendance à la cocaïne. La NAC (N-acétyl-cystéine) a montré un potentiel pour réduire l’intensité du craving (consommation compulsive) dans plusieurs essais cliniques, mais des études complémentaires sont indispensables. Le topiramate (un antiépileptique) a montré une efficacité sur le nombre maximal de jours sans consommation de cocaïne et sur la diminution de l’intensité du craving, mais sa balance bénéfice-risque peu favorable n’incite pas à l’utiliser.
Plusieurs pistes thérapeutiques sont à l’étude pour réduire ou arrêter la consommation de cocaïne : médicamenteuses (kétamine, méthylphénidate chez les personnes TDAH, psychédéliques comme la psilocybine, l’antidépresseur bupropion), stimulation cérébrale ou même vaccin « anti-cocaïne ».
De leur côté, les approches psychothérapeutiques, notamment les thérapies cognitivo-comportementales et les entretiens motivationnels sont essentielles et ont fait leurs preuves. L’incitation motivationnelle – qui vise à « récompenser » une modification de comportement pour la renforcer – également : en France, l’expérience Tapaj a permis d’améliorer l’accès aux soins et réduit la délinquance de 30 %. Couplée à des programmes « Housing First » (hébergements adaptés), elle pourrait diminuer de moitié les hospitalisations des personnes sans-abri consommant de la cocaïne.
Le levier majeur, selon les experts, reste le renforcement des dispositifs de réduction des risques, comme les salles de consommation supervisées (« haltes soins addictions » – HSA), le drug checking (services d’analyse de drogues comprenant une analyse chimique de la substance à consommer et une consultation individuelle) et la distribution de matériel stérile (seringues et pipes à crack), dont l’efficacité est démontrée mais le déploiement encore limité.
Les experts pointent aussi le fait que la répression renforce la stigmatisation et la précarité des consommateurs. Certaines données suggèrent qu’elle aggraverait leurs difficultés sociales, sanitaires et judiciaires. La décriminalisation, comme au Canada, suggèrent-ils, pourrait améliorer l’accès aux soins en réduisant la stigmatisation, à condition d’être accompagnée de mesures sociales (remplacer amendes et peines d’incarcération par des orientations vers des consultations en CSAPA) et sanitaires (capacités suffisantes d’accueil et de traitement). L’expertise recommande aussi de recentrer la répression sur les trafiquants de haut niveau.
Le texte complet de l’expertise collective de l’Inserm est disponible ici.
* Trouble de l’usage : craving (envie irrépressible de consommer), développement d’une tolérance au produit, symptômes de sevrage, consommation incontrôlée en fréquence et/ou dosage, usages dans des situations physiquement dangereuses pour soi ou les autres.

Source : communiqué de presse « Expertise collective ciblée Inserm : cocaïne » 22 janvier 2026

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet