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Les maladies du motoneurone (MMN), font l’objet d’une surveillance épidémiologique ces dernières années. Objectif : proposer des indicateurs d’incidence et de mortalité sur l’ensemble du territoire, utiles pour dimensionner l’offre locale d’information, de prise en soins et d’accompagnement. Les derniers résultats, portant sur la période 2010-2021, ont été dévoilés mardi 17 mars par Santé publique France. Selon les chiffres récents, l’incidence des maladies du motoneurone est de 3 à 3,5 pour 100 000 habitants/an. La mortalité, 2,7 à 3 pour 100 000 habitants par an, est proche de l’incidence. Ce qui montre la létalité élevée de ces pathologies.
Pour rappel, les maladies du motoneurone (MMN) regroupent un ensemble d’affections neurodégénératives rares, dont la sclérose latérale amyotrophique (SLA – plus communément appelée maladie de Charcot) qui représente environ 90 % des cas chez l’adulte. Ces maladies neurodégénératives incurables touchent les motoneurones – les cellules nerveuses qui contrôlent les muscles volontaires – qui meurent petit à petit. Elles entraînent une paralysie croissante, une perte d’autonomie et un décès prématuré, le plus souvent dans les deux à cinq ans suivant le diagnostic.
Parmi les données récoltées par Santé publique France, l’hétérogénéité géographique des cas entre les régions, les départements, et même les communes. En effet, certains Etablissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI), qui correspondent aux intercommunalités (communautés urbaines, communautés d’agglomération, communautés de communes, etc.), présentant localement une surincidence et une surmortalité liées à la SLA par rapport à la moyenne nationale.
Ainsi, la Bretagne, les Pays de la Loire, l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Occitanie présentent une incidence significativement supérieure à celle observée au niveau national. Quant à mortalité, c’est en Bretagne, en Auvergne-Rhône-Alpes, dans les Pays-de-la-Loire et en Normandie qu’elle est significativement supérieure à celle observée au niveau national.
Les deux départements où les ratios standardisés d’incidence (SIR) et de mortalité (SMR) sont significativement plus élevés sont la Lozère et le Morbihan. Quid de l’analyse à l’échelle des communes ? Les chiffres montrent l’existence de plusieurs zones de surrisque localisées : « 8 EPCI répartis entre les régions Bretagne et Pays de la Loire présentaient des ratios d’incidence et de mortalité supérieurs à 1 en comparaison avec la référence nationale, avec une probabilité supérieure à 95 % », note Santé publique France.
Il s’agit précisément des Communautés d’agglomération de Saint-Brieuc Armor Agglomération, de la Presqu’île de Guérande Atlantique (Cap Atlantique), de Quimperlé Communauté, et des communautés de communes de Auray Quiberon Terre Atlantique, de Roi Morvan, de Blavet Bellevue Océan, du Pays de Pontchâteau Saint-Gildas-des-Bois, et de Côte Ouest Centre Manche.
Trois zones de surincidence ont été identifiées sur la période 2010-2021 à Nantes, Aubrac et Clermont-Ferrand. Une zone de surmortalité a été identifié dans le secteur de Lorient / Vannes.
Point important, dans les départements et régions d’outre-mer, quelque soit l’indicateur, les ratios standardisés apparaissent nettement inférieurs à la moyenne nationale.
Plusieurs hypothèses sont citées par Santé publique France, notamment l’influence de facteurs environnementaux ou professionnels comme l’exposition aux pesticides, aux métaux lourds dont le plomb, à la pollution atmosphérique et au formaldéhyde. Selon les auteurs de l’étude, « la SLA serait possiblement le résultat d’une interaction entre le génome et l’exposome avec une hypothèse gène-temps-environnement ».
Les analyses spatio-temporelles de l’étude de Santé publique France renforcent ces constats. « L’existence de zones géographiques de surincidence persistantes dans le temps suggère la possibilité que des déterminants locaux ou des surexpositions à certains facteurs de risques puissent contribuer à la concentration de cas. Toutefois, le balayage spatio-temporel annuel n’a pas permis de mettre en évidence de zones de surrisque récurrentes, ne permettant pas le calcul d’un indice de récurrence des clusters ». Les auteurs invitent donc à la prudence dans l’interprétation de la géographie des zones de surincidence. Ils veulent ainsi approfondir les investigations, à la recherche de facteurs géographiques susceptibles d’être associés à cette hétérogénéité dans la répartition des cas sur le territoire.

Source : Santé publique France, Inserm

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet