Entre les débats houleux, les profonds désaccords mais aussi les petits riens qui agacent, les disputes ne sont pas étrangères à la vie de (certains) couples. Parfois elles animent et rapprochent. Dans d’autres  cas, elles refroidissent puis éloignent. Mais alors, le conflit amoureux est-il sain ? Et comment interpréter les conflits silencieux, sources de fatigue émotionnelle voire d’essoufflement des sentiments ? 

Les disputes ne sont bien sûr pas le fruit de toute relation amoureuse. Chacun trouve son équilibre dans sa gestion des émotions individuelles, à deux et en groupe. Le calme peut donc tout à fait dominer. Mais entre fatigue, stress et vie commune, la proximité au quotidien peut laisser des marques… souvent indélébiles car une histoire amoureuse s’enrichit des moments heureux comme difficiles. Dans une certaine mesure, les disputes sont même le signe d’une relation riche en échange voire en confrontation stimulante… donc source d’attachement.

Les extrêmes et les signes insidieux

Mais quand le conflit prend ses droits, comment y voir clair ? Il existe les positions extrêmes de la violence psychologique, comme celle du manipulateur (qui se fait souvent passer pour la victime), le harceleur ou le pervers « qui va se venger pour survivre », comme indique le titre d’un ouvrage* du psychanalyste Gérard Bonnet.

Mais avant d’en arriver là, il existe heureusement d’autres nuances. Pour les repérer, il faut se placer du côté des limites à ne pas franchir dans le conflit. En bref, le stade de l’acceptable est dépassé quand l’alchimie amoureuse, les sentiments de confiance et de sécurité commencent à se dissoudre. D’ailleurs, selon Patrick Estrade, psychologue et psychothérapeute mais aussi auteur du livre Couple retrouvé, le manque de respect souvent à l’origine de conflit plus intense peut prendre deux formes. La première, celle de la négligence passive. Dans l’autre, celle d’une agression qui vient souvent faire émerger des conflits (avec soi-même et/ou avec l’autre) non réglé. D’où la multitude des points de tension en cas de non-dit.

Le pendant des envolées… le silence

Outre les mots poignants, le conflit peut aussi émerger en sourdine. Contrairement aux idées reçues, le mutisme et le renfermement sur soi ne sont pas de pures marques de silence », comme le rappelle Isabelle Levert* dans son ouvrage « Les violences sournoises dans le couple »**. Hé oui, l’amour et ses paradoxes sont encore une fois de la partie. Ainsi, « le baiser est la plus sure des façons de se taire en disant tout » comme écrivait  Guy de Maupassant. Mais il en va de même pour le silence.

« Croire que le mutisme est simplement une non-communication est une erreur grave. C’est au contraire une communication et elle peut être particulièrement violente au sein d’un couple ». Notamment lorsque la spirale silence-discussions houleuses voire cris se répètent dans le temps. « Cette boucle (…) se répète quasiment à l’identique jusqu’à ce que la relation se déséquilibre dangereusement, provoquant une crise plus importante (en intensité et en durée) que les autres. »

« Il y a juste derrière le mutisme, dans son sillage, le désir de non-relation »

Au fil des épisodes, le silence laisse place au doute sur les sentiments, au sentiment d’insécurité affective. Mais aussi « aux fantasmes qui germent à partir de faits insignifiants », note Isabelle Levert. Au fur à mesure des « crises », le mutique répète de longs épisodes de « silence, (…) peut même partir pendant qu’on lui parle » dans l’attente d’une intention. De son côté, l’autre membre du couple « estomaqué, sonné, est submergé d’émotions et de pensées, contradictoires, confuses, douloureuses, qui se heurtent les unes contre les autres dans la tête (…). Petit à petit, la peur [s’insère] au centre du cœur ».

Puis lorsqu’une forme d’échange verbal revient, « les mots se multiplient mais ils tombent dans l’oreille d’un sourd [le mutique]. Il n’écoute rien, ou plutôt que lui-même et donc n’entend pas l’autre. Il s’est positionné secrètement en dehors de la relation, désengagé en fait ». Ainsi, « derrière le mutisme, dans son sillage, se cache le désir de non-relation ». D’où l’importance de placer l’écoute et la communication au centre du couple pour démêler les nœuds du ou des problèmes. Selon Isabelle Levert, le moment des excuses où l’on pose les limites sont d’ailleurs le signe d’un équilibre dans la relation.

* « La perversion : se venger pour survivre », Gérard Bonnet, PUF. Editions Broché, avril 2008

**Isabelle Levert est également l’auteur du livre « Les violences sournoises de la famille – De la transmission d’une malédiction à la réparation de soi », Editions Robert Laffont.

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