Cures thermales : toujours remboursées… et toujours utiles

06 mars 2026

Ancrées dans le paysage sanitaire français depuis le XIXᵉ siècle, les cures thermales font partie intégrante du système de santé. Prescrites par un médecin, elles sont toujours remboursées pour les 12 indications thérapeutiques reconnues, notamment en rhumatologie. Elles proposent des soins encadrés médicalement qui permettent d’accompagner la prise en charge des maladies chroniques, tout en s’adaptant aux modes de vie d’aujourd’hui.

« Beaucoup de patients pensent que les cures thermales ne sont plus remboursées. C’est totalement faux, explique le Dr Véronique Cheminade Darmaillacq, installée à Amou, dans les Landes. Cette idée reçue aurait d’ailleurs entraîné une baisse de fréquentation de 10 à 15 % dans les établissements thermaux cette année. » En effet lorsqu’elles sont prescrites par un médecin pour une des 12 orientations thérapeutiques éligibles, les soins des cures thermales conventionnées sont toujours pris en charge par l’Assurance maladie à 65 % et 100 % pour les malades en affection de longue durée (ALD). Elles reposent sur un protocole réglementé de 3 semaines continues de soins utilisant les propriétés spécifiques de l’eau thermale et l’expertise des soignants spécialisés.

Un acte médical à part entière

Pour le Dr Véronique Cheminade Darmaillacq, une cure thermale prescrite n’a rien d’un simple séjour de confort : « c’est un acte médical. Les médecins thermaux sont formés via un diplôme interuniversitaire ou une capacité dédiée, reconnue par la faculté ». 

Une cure repose sur trois leviers thérapeutiques. « Le premier, ce sont les eaux thermales. Selon leur composition, elles peuvent exercer une action anti-inflammatoire, antiseptique ou favoriser la vasodilatation. » Deuxième levier : la diversité des soins, bains, massages, douches, mobilisation en piscine thermale, applications de boue, inhalation … « Ils ont une action myorelaxante, décontracturante. La portance de l’eau permet de remettre en mouvement des patients douloureux en limitant les contraintes. » Troisième dimension, qu’elle qualifie de « grande force des cures thermales » : l’éducation à la santé. Nutrition, activité physique adaptée, conseils hygiéno-diététiques… « C’est fondamental dans les pathologies chroniques. Les effets se prolongent au-delà du séjour, avec moins de médicaments et une amélioration durable de la qualité de vie. »

Rhumatologie : l’indication phare

La rhumatologie représente la première orientation des cures thermales en France. Arthrose, lombalgies chroniques, douleurs articulaires… Ces pathologies, fréquentes avec l’âge, altèrent la mobilité et la qualité de vie. Les soins thermaux visent à soulager la douleur, améliorer la fonction articulaire et redonner de l’aisance dans les gestes du quotidien, grâce à une prise en charge globale et structurée.  « Les douleurs chroniques s’accompagnent souvent d’un état inflammatoire articulaire, explique le Dr Véronique Cheminade Darmaillacq. La cure viserait d’abord à drainer les facteurs inflammatoires vers la circulation sanguine pour favoriser leur élimination. Elle facilite surtout la reprise du mouvement, essentielle dans ces pathologies. Les 3 semaines permettent un “lâcher prise”, qui n’est obtenu par aucun autre mode de soins, et indispensable dans les douleurs chroniques. »

Quels bénéfices après trois semaines ?

« En fin de cure, les effets immédiats portent sur l’amplitude articulaire et la souplesse musculaire. Les bénéfices anti-inflammatoires, eux, se prolongent dans le temps, surtout si l’activité physique est maintenue. On observe des baisses de consommation d’antalgiques pouvant aller jusqu’à 75 %, parfois un arrêt complet. Les effets peuvent durer six à neuf mois, voire un an selon l’implication du patient. Dans le post-cancer du sein, une diminution des jours d’arrêt maladie a également été constatée. »

Des formats plus courts, non remboursés, pour s’adapter aux contraintes actuelles

Si la cure conventionnée de 3 semaines reste la référence et la seule prise en charge par l’Assurance maladie, la plupart des établissements s’adaptent et proposent de nouveaux formats. « Certaines stations proposent des cures du soir, de 17 h à 19 h, pour les patients locaux. D’autres développent des espaces de télétravail ou des solutions d’accueil pour les familles, notamment en gynécologie et dans le traitement de l’endométriose : deux à trois heures de soins par jour, puis des activités possibles. » Il existe aussi des cures courtes d’une semaine environ, non remboursées, plus ciblées ou dans une démarche préventive. « Elles s’adressent aux personnes souhaitant tester le dispositif, entretenir les bénéfices d’une cure annuelle ou composer avec des contraintes professionnelles pour prendre en charge naturellement leur santé. »

L’ancrage des cures thermales est ancien. « Les Romains fréquentaient déjà les stations thermales. Au fil des siècles, le thermalisme a évolué : pratique populaire, puis réservée aux élites, avant l’essor des stations au XXe siècle. Cet héritage qui a fait l’objet d’une démonstration scientifique de son efficacité au cours des 20 dernières années, est désormais encadré, médicalisé et intégré à la prise en charge moderne des maladies chroniques », ajoute Dr Véronique Cheminade Darmaillacq.

La France compte 88 stations thermales sur son territoire. En 2025, 465 874 patients ont bénéficié d’une cure thermale conventionnée.

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  • Source : Interview du Dr Véronique Cheminade Darmaillacq

  • Ecrit par : Emmanuel Ducreuzet – Edité par : Vincent Roche

Destination Santé
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