Alzheimer : découverte de nouvelles cellules impliquées dans la progression de la maladie

05 mars 2026

Une équipe de chercheurs a découvert l’implication des tanycytes dans l’apparition et la progression de la maladie d’Alzheimer. Ces cellules peuvent être notamment impliquées dans l’accumulation de la protéine Tau au sein des neurones des patients. Elles pourraient ainsi devenir une nouvelle cible thérapeutique.

55 millions de personnes sont atteintes de démence dans le monde. La maladie d’Alzheimer serait responsable à elle seule de 60 à 70 % des cas. En France, la maladie touche 900 000 personnes avec 225 000 nouveaux cas dépistés chaque année. 15 % de la population serait touchée après 80 ans et plutôt 2 % de la population avant 65 ans. La maladie, qui se manifeste par des troubles progressifs de la mémoire, des fonctions exécutives et de l’orientation temporelle et spatiale, est causée par une dégénérescence des neurones dans l’hippocampe. Elle s’étend progressivement à l’ensemble du cerveau.

Les patients présentent des altérations biologiques communes, notamment une accumulation anormale de la protéine Tau dans le cerveau. Le diagnostic de la maladie peut d’ailleurs reposer sur sa quantification dans le liquide céphalorachidien (LCR). Chez une personne saine, la présence de Tau dans le LCR est faible. Celle-ci est en effet sécrétée par les neurones puis éliminée dans le sang. Mais dans le cas des personnes malades, le niveau de Tau reste élevé. Sa structure se modifie et n’assure plus son rôle habituel à l’intérieur des neurones. Elle s’y accumule, ce qui perturbe le fonctionnement du cerveau et finit par causer la dégénérescence puis la mort des neurones. C’est ce qui provoque le déclin cognitif des patients.

Les tanycytes, voie principale d’évacuation de Tau vers le sang

Mais les mécanismes qui provoquent en amont l’accumulation pathologique de Tau ne sont pas entièrement compris. Voici plus de 20 ans que Vincent Prévot, directeur de recherche Inserm et son équipe au sein du centre de recherche Lille Neuroscience & Cognition (Inserm/Université de Lille/CHU de Lille), étudient le rôle spécifique de certaines cellules appelées tanycytes. Celles-ci sont connues pour assurer des échanges entre le cerveau et le reste du corps, notamment entre le sang et le liquide céphalorachidien. L’équipe de chercheurs s’est demandé si les tanycytes ne pouvaient pas aussi être impliquées dans l’accumulation de Tau dans le cerveau. Leurs résultats ont été publiés jeudi 5 mars dans la revue Cell Press Blue, une nouvelle revue scientifique généraliste publiée par l’éditeur Cell Press.

Grâce à des techniques de fluorescence, ils ont d’abord montré que Tau était capturée dans le liquide rachidien par les tanycytes puis transportée jusqu’aux capillaires sanguins. Cela signifie-t-il que les tanycytes capturent Tau puis la relarguent et l’éliminent ensuite dans le sang ? Pour le vérifier les scientifiques ont bloqué chez la souris les tanycytes en faisant exprimer génétiquement dans les cellules la toxine botulique qui les empêche de fonctionner. Résultat ? Moins d’évacuation de Tau du LCR vers le sang. Les tanycytes constituent donc la voie d’évacuation principale de Tau du cerveau vers le sang.

La dégradation des tanycytes en partie responsable de la maladie d’Alzheimer ?

Chez des souris présentant un niveau élevé de Tau dans le LCR, les chercheurs ont montré qu’en bloquant l’activité des tanycytes, les animaux développaient plus précocement les symptômes de démence caractéristiques de la maladie d’Alzheimer, et plus généralement d’une tauopathie, maladie caractérisée par une accumulation de formes anormales de la protéine Tau.

Les chercheurs ont ensuite confirmé la présence de la protéine Tau dans les tanycytes, comme chez l’animal, dans le cerveau de personnes décédées de la maladie d’Alzheimer. Et ils ont observé que les tanycytes étaient abîmées : leur prolongement était fragmenté, ce qui interrompait la voie de communication entre le LCR et le système sanguin.

« Nos résultats montrent de façon inédite la capacité des tanycytes à transporter la protéine Tau du liquide céphalorachidien vers le sang et l’importance de ces cellules dans la physiopathologie de la maladie d’Alzheimer. Ils suggèrent que la dégradation de ces cellules contribue à la maladie d’Alzheimer, explique Vincent Prévot. Les tanycytes pourraient ainsi être considérées comme une nouvelle cible thérapeutique. Et si la bonne santé de ces cellules pouvait à terme permettre de prévenir le développement de la maladie ? »

  • Source : inserm

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Vincent Roche

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