Dépression : la piste inflammatoire se confirme

[02 mars 2016 - 14h06] [mis à jour le 02 mars 2016 à 14h18]

Et si certaines dépressions étaient liées à l’inflammation provoquée par des cellules de notre propre système immunitaire ? C’est ce que suggère une récente étude menée par des chercheurs de l’INSERM.  Pour cela, ils se sont intéressés à des patients atteints de mastocytose, une maladie rare caractérisée par l’accumulation et l’auto-activation de cellules de notre immunité innée : les mastocytes. Explications.

Pour étudier la dépression, pourquoi s’intéresser à la mastocytose, une maladie ne provoquant le plus souvent que démangeaisons, asthme et troubles digestifs ? « Tout d’abord parce que de plus en plus d’études suspectent une piste inflammatoire dans la dépression », répondent les chercheurs de l’Unité INSERM U894, Centre de Psychiatrie et Neurosciences, hôpital Sainte-Anne à Paris. « Mais surtout, près de 50% des patients atteints de mastocytose  souffrent justement de symptômes dépressifs ! »

Les auteurs ont donc comparé 54 adultes atteints de mastocytose à 54 sujets sains. L’équipe a mesuré les éventuels symptômes dépressifs et a procédé à des analyses sanguines. Une corrélation entre la gravité des symptômes et des concentrations sanguines plus faibles en tryptophane a ainsi été mise en évidence. Rappelons que notre organisme métabolise cet acide aminé en sérotonine, un neurotransmetteur que les antidépresseurs actuels visent à augmenter dans le cerveau.

Détournement de la synthèse de la sérotonine

L’équipe a découvert que ces mêmes malades présentaient effectivement des taux sanguins plus faibles de sérotonine par rapport aux sujets sains, mais aussi des taux plus élevés de dérivés neurotoxiques du tryptophane tels que l’acide quinolinique. « Ce mécanisme serait dû aux cytokines (des molécules inflammatoires) libérées par les mastocytes», analyse  le Pr Raphaël Gaillard, co-auteur de ce travail.  « Plutôt que de servir à la synthèse de sérotonine, la dégradation du tryptophane semble ainsi détournée pour produire ce type de composés neurotoxiques ».

Cette découverte ouvre de nouvelles pistes thérapeutiques pour les dépressifs réfractaires aux antidépresseurs actuels (350 millions de personnes dans le monde tout de même). Parmi elles, le recours à la kétamine, un anesthésiant doté d’une qualité qui tombe à pic : il bloque les effets de l’acide quinolinique. « Menées sur des patients dépressifs, certaines études ont d’ailleurs déjà montré des effets antidépresseurs spectaculaires de la kétamine », insistent les auteurs.

Deuxième grande piste : tester l’effet de molécules capables d’empêcher les mastocytes de relarguer leurs molécules inflammatoires. « Mais dans un premier temps, nous allons déterminer si les dépressifs réfractaires aux antidépresseurs actuels ont des mastocytes suractivés », conclut Raphaël Gaillard.

Partager cet article