Douleur chronique : vivre avec… en souffrant moins

[15 février 2012 - 11h27] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h50]

« De l’arthrose, j’en ai partout : dans le cou, les épaules, les mains, la colonne vertébrale, les pieds… » énumère Maïté. Depuis deux jours, cette gentille petite dame de 74 ans est hospitalisée au Centre d’évaluation et de traitement de la douleur, au CHU de Nantes. La douleur, elle connaît. Celle-ci en effet ne la quitte jamais. C’est pour apprendre à ne pas se laisser abattre par ses maux chroniques qu’elle a été orientée vers cette structure spécialisée.

Chaque semaine, sept patients sont hospitalisés pour 7 jours dans le centre nantais, situé au sein du CHU. Fibromyalgiques, lombalgiques, arthrosiques, victimes d’un accident ou malades relevant d’une lourde opération, tous souffrent d’une douleur dite chronique. C’est-à-dire d’une douleur qui ne disparaît jamais totalement. Au point c’est évident, de retentir parfois lourdement sur la qualité de vie.

« Avant de venir nous consulter, les patients doivent faire l’objet d’un bilan auprès d’un médecin de ville », rappelle le Dr Julien Nizard, responsable du centre. « Ne sont admis que des douloureux chroniques qui ont mal depuis plus de 6 mois. Sinon, nous serions submergés… ».

Ces patients ne souffrent pas d’une douleur aiguë. « Chez eux, le mal est présent en permanence avec un retentissement sévère sur leur vie quotidienne. Notre objectif est de leur faire prendre conscience qu’ils doivent fonctionner autrement, et de leur transmettre les méthodes antalgiques à leur disposition », enchaîne le Dr Edwige de Chauvigny, responsable de l’hospitalisation au centre.

L’activité physique est antalgique

Chaque jour, les patients participent à des séances de marche autour de l’hôpital. Bouger, c’est en effet l’un des outils proposés aux ‘douloureux’ chroniques. « Souvent les patients ont peur du mouvement. Ils ne bougent plus, se déconditionnent et souffrent d’une fonte musculaire. Résultat : cela majore leur douleur tout en favorisant l’isolement. C’est un cercle vicieux », poursuit le Dr Emmanuelle Kuhn, algologue au centre.

Mais l’effort physique doit toutefois être « dosé ». Les professionnels de santé spécialisés qui travaillent au sein du centre, mettent tout en œuvre pour aider les patients à réapprendre à se mouvoir. Maïté, elle, met déjà en pratique les conseils de ses médecins. « J’essaie de faire les choses plus doucement, avec souplesse. Je tente aussi d’être à l’écoute de mon corps », explique-t-elle.

Patients autonomes contre leur douleur

Mais lutter contre la douleur ne suffit pas. L’équipe du centre en est convaincue. Chez les ‘douloureux’ chroniques, « il est presque impossible de ramener à zéro une douleur évaluée par le patient à 8 sur 10 », admet le Dr Kuhn. « Notre objectif est plutôt de récupérer une fréquence plus épisodique des pics de douleur », note-t-elle. Et le Dr de Chauvigny de préciser que les patients peuvent « reprendre confiance en leur capacité à réaliser des activités et, surtout, à y prendre plaisir ».

Pour cela, les patients hospitalisés dans le centre se voient proposer de nombreuses activités et outils thérapeutiques. Séances de kinésithérapie individuelles ou en groupe, relaxation, consultations avec un psychologue, art-thérapie ou encore hypnose. « Nous avons une boîte à outils en quelque sorte », insiste le Dr Nizard. « Les patients peuvent choisir en fonction de leurs préférences et de l’efficacité de l’activité. Mais ils doivent impérativement être acteurs face à leur douleur. Notre objectif, c’est de les rendre autonomes ».

Mettre la douleur de côté

Maïté, elle, apprécie tout particulièrement les séances de relaxation et de « yoga du rire ». « Quand on a mal, on est comme noué. Alors faire des jeux, rire, cela me permet d’évacuer non seulement la douleur physique mais aussi les soucis. Quand on est actif, la douleur est présente mais on arrive à la mettre de côté », assure-t-elle.

Comme prend soin de l’ajouter le Dr Nizard, « nous avons aussi bien sûr des antalgiques médicamenteux et des méthodes de stimulation nerveuse comme les appareils de neurostimulation électrique transcutanée (TENS)- notre photo – pour aider les malades ». Mais l’aspect psychologique, social, familial et professionnel est « primordial », conclut-t-il.

Aller plus loin :
– Retrouvez la liste des Centre d’évaluation et de traitement de la douleur partout en France.

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