Du travail d’enfants dans les hôpitaux du Nord ?

[02 août 2006 - 00h00] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h28]

Combien d’enfants de 7 à 12 ans travaillent-ils, dans l’insalubrité absolue, pour produire… le matériel médical et chirurgical utilisé par les hôpitaux des pays développés ? Un spécialiste britannique apporte un début de réponse. Ce n’est pas brillant…

Sur les 50 000 habitants de la ville de Sialkot au Pakistan, qui travaillent à produire le 1/5 de tous les équipements médicaux utilisés dans le monde, 7 700 sont des enfants affirme Mahmood Bhutta dans un article publié par le British Medical Journal. Ses sources ? Le Rapport sur le Travail des Enfants de l’Organisation internationale du Travail, en 2006. Mais aussi des sources personnelles pour ce spécialiste en ORL de Guy’s Hospital et Saint-Thomas Hospital à Londres, originaire du Pakistan.

Sialkot avait déjà fait scandale parce que des enfants y cousaient les ballons de la Coupe du Monde de Foot… Et le public savait qu’en achetant une certaine marque de chaussures de sport, il finançait l’exploitation du travail des enfants. Mais l’implication du système de santé des pays riches dans ce type de commerce était passée sous silence. Et pourtant…

« Plus de 95% des enfants employés par les entreprises de Sialkot sous-traitant (cette) production souffrent de troubles du sommeil, 50% ont été blessés dans des accidents de travail, plus de 80% ont des douleurs lombaires, cervicales ou des épaules. L’incidence des conjonctivites et bronchiolites est également très élevée… »

« Sous-traitance », le mot est lâché. En fait, si Sialkot et ses 50 000 travailleurs produisent 20% du matériel vendu dans le monde, une ville comme Tuttlingen en Allemagne, en produit 65% avec 6 000 employés. Le reste est partagé entre Penang en Malaisie, Debrecen en Hongrie et Varsovie, en Pologne. Le secret de la réussite consiste selon Bhutta, à estampiller made in Germany un produit fabriqué au Pakistan et dont seule la conformité aura été vérifiée outre-Rhin. Ou sur les bords de la Vistule à Varsovie.

Le travailleur pakistanais coûte à peine 2 US $ par jour, mais les revendeurs font la culbute. Il n’existe là-bas « ni sécurité de l’emploi, ni assurance maladie. Le prix de revient d’une paire de ciseaux chirurgicaux n’excède pas 1 US $. Elle est exportée vers l’Allemagne à 1,25 US $ et sera vendue probablement, aux alentours de 80 US $. En 1999, Sialkot a exporté pour 27,5 millions de US $ d’instruments chirurgicaux. » Et il s’en est vendu dans le monde, « pour 650 millions« .

La solution pour que cela cesse ? « Que les acheteurs des grands hôpitaux et des administrations sanitaires insistent sur la traçabilité du matériel. Qu’ils exigent des pratiques commerciales équitables et conformes à l’éthique. » Plus facile à écrire qu’à faire, c’est vrai. Mais au moins, il ne sera plus possible demain de dire « je ne savais pas »…

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